Depuis octobre 2013, Evangile 21 publie chaque semaine de nouveaux articles, ce qui constitue aujourd’hui une base de presque un millier d’articles. Nous désirons profiter de l’été pour revisiter nos archives et vous re-proposer quelques articles publiés au cours de ces années.


Un des films à gros budget de l’année 2005 était intitulé “40 ans et toujours puceau”  et joué par l’humoriste Steve Carell dans le rôle principal. Il abordait la vie d’Andy Stitzer, chef d'inventaire dans un magasin d'électronique, fan de figurines et … encore puceau (!).

Dans le film, le personnage est présenté de façon caricaturale comme un geek ringard et simple d’esprit. Andy vit sa vie en espérant un jour pouvoir passer à l’acte et quand finalement il a l’opportunité de mettre un terme à sa misère sexuelle, il fait un pacte de chasteté avec sa petite amie.

C’est comme cela que beaucoup voient un homme célibataire aujourd’hui – pathétique et pas encore un adulte. Et dans ce monde où Miley montre tout et twerk (ndlr : danse à conotation sexuelle) avec Robin Thicke pour marquer son passage dans le monde adulte, une femme célibataire est prude, naïve et dépendante.

Prenons par exemple une expérience que ma famille a vécue pendant des vacances en Italie en automne dernier. Pendant que mon père et moi étions partis visiter la ville un matin, ma mère et ma sœur étaient restées à l’hôtel pour contempler la vue magnifique. Ma mère a entamé une conversation avec une femme australienne dont la fille très bien éduquée avait environ mon âge et travaillait pour les Nations Unies. Au cours de la conversation, le sujet de la foi a été abordé et ma mère lui a  annoncé l’Évangile quand soudainement  la dame lui a demandé si moi ou ma sœur avions déjà eu des relations sexuelles.

Ma mère lui a répondu que non, que nous nous réservions toutes les deux pour le mariage. La femme parut plus dérangée par mon choix que par celui de ma petite sœur âgée de 7 ans de moins que moi. « N’est-elle pas jolie? Y-a-t-il quelque chose qui ne tourne pas rond chez elle? » a-t-elle demandé. Embarrassée par les propos de sa mère, sa fille est intervenue pour me défendre.

Ma mère m’a ensuite raconté cette histoire, en s’excusant d’avoir dévoilé des informations intimes sur ma vie privée. En tant que femme célibataire, travaillant dans un ministère auprès des étudiants au lycée, j’ai l’habitude de voir ces détails de ma vie étalés en public. J’ai bien rigolé quand ma mère m’a raconté la réaction de cette femme à l’annonce de ma virginité à 28 ans, et son interrogation quant à mon physique (bien qu’extrêmement impolie) et au final son mépris vis-à-vis de mon choix de m’abstenir volontairement de ce qui est, pour elle, une composante essentielle d’une vie personnelle épanouie.

Dans un monde où l’hédonisme et l’individualisme dominent,  l’influence de ce qu’un ami pasteur appelle “ le mythe de l’épanouissement sexuel” n’est vraiment pas une surprise. Par conséquent, dans une culture qui ne peut pas comprendre un tel choix, le célibat et l’abstinence avant le mariage sont, de façon visible, des preuves de l’authenticité du témoignage chrétien.  C’est sûrement pour cela que Jésus a parlé si puissamment de ce sujet. 

Le prix à payer pour le suivre

Dans Matthieu 19, nous lisons que les Pharisiens interrogent Jésus sur le sujet du divorce. Jésus les accuse en expliquant que la Torah permet le divorce seulement à cause de la dureté de leur cœur. Illustrant ainsi l’accomplissement parfait de la loi en Lui, Jésus déclare que le divorce et l’adultère sont identiques devant la loi. Les disciples ressortent de cette discussion avec un sentiment de méfiance envers le mariage – et ce à juste titre, compte tenu du sérieux avec lequel Jésus leur parle de ce sujet. « Il n’est peut être pas avantageux de se marier” se disent-ils.  

Jésus ne rectifie que légèrement leur compréhension de son message:

« Il leur répondit: Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère; il y en a qui le sont devenus par les hommes; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne ». Matthieu 19.11-12

Dans cette affirmation, Jésus compare une personne vivant une vie entière de célibat et la situation d’un eunuque, qui a été physiquement castré. 

Les deux vont s’abstenir du sexe et du mariage, et devront donc supporter le mépris et le rejet de la part de la société. En ce sens, Jésus met en lumière le prix à payer pour le suivre.

Pas de déception

La société d’aujourd’hui n’est pas la seule à mépriser les célibataires “eunuques”, les chrétiens eux-mêmes le font aussi parfois. Des personnes bien pensantes de notre Église me demandent souvent à moi et mes amis «  qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez vous pour que personne ne vous ait mis le grappin dessus ? » Même si je suis flattée d’être perçue comme « une prise », leur commentaire mettent en lumière une incompréhension concernant la nature de ma vie. Parfois le célibat peut être solitaire, et j’espère souvent que cela ne va pas durer pour toujours.

Mais je ne suis pas déçue de la tournure que prend ma vie. Le célibat m’a offert du temps et de la passion pour servir les étudiants, pour étudier  la théologie, pour développer des amitiés profondes et pour voyager avec ma famille. J’en ai bénéficié et j’espère qu’il en est de même pour l’avancement du Royaume.

La plupart du temps, la première question que les amis de mes parents leur posent à mon sujet est « Fréquente-t-elle quelqu’un? ». Cette question, ainsi que les interrogations des amis de l’Église, révèlent que,  nous, membres d’Église, croyons peut- être tout autant que les gens du monde et les instigateurs de la révolution sexuelle, en ce mythe de l’épanouissement sexuel.

Dans notre tendance à valoriser le mariage comme l’ultime épanouissement et l’accomplissement d’une maturité spirituelle, nous ratons la cible.

Si nous cherchons vraiment à honorer les paroles de Jésus, l’Église doit porter une vision biblique du célibat.

Et si nos églises cherchaient à écouter les paroles de Jésus et commençaient à démonter le mythe du mariage en tant qu’ultime expression de la maturité ?

Et si nous encouragions les célibataires de nos communautés, en les invitant à voir le célibat comme un cadeau (et c’est vraiment le cas) plutôt que de voir leur vie comme « en attente » ou « pas encore aboutie » ?

Et si nous donnions aux célibataires chrétiens des positions en tant qu’anciens, pasteurs, prédicateurs afin qu’ils utilisent leur dons au maximum comme Jésus nous y invite?

Et si nous avertissions nos célibataires que Dieu veut peut- être pour eux une vie entière de célibat – comme Jésus et Paul le firent avec succès – et ce pour démontrer leur fidélité à Jésus?

Le rôle de l’eunuque peut encore engendrer du mépris dans un monde d’incroyants, mais cela ne devrait pas être le cas au sein de l’Eglise. Après tout, Jésus était un homme vierge de 30 ans. Puissions-nous considérer le célibat et la chasteté comme un signe nécessaire qui lui rend témoignage.


Traduction : Ellen Zevounou

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