Tôt ou tard, les chrétiens devront décider si oui ou non ils participeront au mariage d'un couple du même sexe. Ceux d'entre nous qui sont pasteurs auront aussi besoin de se tenir prêts à donner des conseils aux membres de l'Église face à cette question. Je l'ai retournée dans tous les sens. Aussi bien dans mes pensées qu'avec l'équipe d'anciens et d'autres personnes. Je vais donc vous proposer ces pensées sous la forme de questions/réponses afin de vous aider à prendre une décision.

Nos Églises devraient accueillir toute personne, quels que soient l'âge, l'ethnie, le genre ou encore l'orientation sexuelle. Nous devrions aussi rechercher à être fidèle aux enseignements de la Bible et aux deux mille ans d'histoire de l'Église chrétienne qui se sont écoulés. Il y aura des moments où nos valeurs apparaîtront comme étranges aux yeux de nos contemporains. Le climat ambiant entourant la définition et les attentes du mariage en est un exemple notable.

Le mariage n'est pas simplement une institution humaine, il nous a été donné par Dieu. Ce cadeau commence au début de l'histoire de l'humanité avec les personnes d'Adam et Ève dans le premier livre de la Bible : la Genèse (1.28, 2.18-25). Et l'histoire de ce cadeau continue de se développer tout au long de l'histoire biblique. Toutes les représentations du mariage que la Bible nous fournit (les positives comme les négatives) se passent entre un homme et une femme. La manière dont le mariage a été formalisé suivant les époques et les endroits a varié. Mais théologiquement et historiquement, le mariage a toujours été compris comme donné par Dieu à un homme et à une femme.

Si un couple s'aime, pourquoi leur orientation sexuelle est-elle un problème ?

Ce titre peut vous paraître étrange, mais je crois sincèrement que le mariage est plus que simplement de l'amour. En fait, je ne crois pas “qu'être amoureux” est une raison suffisante ni même la raison principale pour se marier. Les sentiments romantiques que l'on ressent l'un envers l'autre peuvent changer au fil du temps. Parfois ils peuvent être très forts, et parfois ils peuvent êtres plus faibles. Si le mariage est essentiellement basé sur les sentiments d'amour, alors il peut être affaibli. Voilà pourquoi tant de personnes divorcent quand elles n'ont plus ce sentiment amoureux pour leur conjoint. Pour que le mariage soit fort, il a besoin d'une fondation plus solide que seuls des sentiments d'amour.

Si être amoureux n’est pas la raison principale pour se marier, quelle est-elle ?

Bonne question ! La Bible présente une conception du mariage pour le couple, mais aussi pour le bien de toute la communauté. Cette intention est clairement démontrée par le fait que Dieu a créé le mariage comme une institution offrant le cadre pour que les enfants naissent et soient élevés. Et il est essentiel d'avoir des enfants pour que la communauté puisse perdurer (Genèse 1.28, 9.1, 15.6; Exode 1.7; Lévitique 26.9; Ps 127.3; Jérémie 29.6; 1 Corinthiens 7.14). En ce qui concerne le moment de notre résurrection à la consommation de toutes choses, Jésus a enseigné qu'il n'y aurait plus de mariage (Matthieu 22.30). En effet, quand tout le peuple de Dieu sera ressuscité pour la vie éternelle en Christ, nous n'aurons plus besoin de nous reproduire. Cela veut dire que nous n'aurons plus besoin de faire l'amour et que par conséquent il n'y aura plus besoin de mariage.

De plus, je crois que le mariage est un engagement plutôt qu'un contrat. Un engagement qui reflète la relation entre Christ et son Église (Éphésiens 5.22-23). Par définition, un tel engagement doit être entre un époux et une épouse, entre un homme et une femme. Je n'ai pas de problème avec les gouvernements qui légifèrent afin que les couples puissent avoir accès à des dispositions contractuelles. En effet, je pense que ce genre de dispositions devraient exister pour tous, que la relation soit sexuelle ou non. Mais de telles dispositions ne sont pas identiques à un engagement fructueux, fidèle et sacrificiel entre un homme et une femme.

Tous les couples hétérosexuels n'ont pas d'enfants. Qu'avez-vous à dire à ce sujet ?

En partant du principe que les couples hétérosexuels mariés sont fertiles, je crois qu'ils devraient envisager d'avoir des enfants, et qu'en refusant d'une façon ou d'une autre de le faire, ils résistent en quelque sorte à l'intention de Dieu vis-à-vis du sexe et du mariage. Cependant, si un couple hétérosexuel est dans l'incapacité d'avoir des enfants à cause de leur âge ou à cause d'un problème de stérilité, ceci est un accident et n'invalide pas pour autant leur mariage (1 Samuel 1.1-2; 1 Rois 1.5-7). Pour un couple du même sexe, l’incapacité de se reproduire est un aspect essentiel de la relation.

Certains couples hétérosexuels ont des enfants par adoption, par le biais d'une mère porteuse ou par don de sperme. Cela peut-il légitimer le mariage homosexuel ?

L'adoption est une chose merveilleuse. Mais adopter un enfant n'est pas la base du mariage. Cela ne peut pas rendre un mariage légitime (il serait alors un “faux” mariage). Je n'encouragerais aucun couple homosexuel ou hétérosexuel dans le choix d'une mère porteuse ou d'un don de sperme. Cela impliquerait une troisième personne dans la relation, ce que la Bible décrit comme de l'adultère.

Alors, puis-je aller au mariage d'un couple homosexuel ?

Il y a deux points de tension qu'il faut considérer pour pouvoir répondre à cette question : 

  1. Le fait que vous aimiez et chérissiez la personne qui se marie devrait vous faire répondre “oui”. Il est difficile de voir comment démontrer de l'amour et de l'attention à une personne en refusant d'aller à son mariage.
  2. Le fait que ce ne soit pas réellement un mariage au sens biblique du terme devrait vous faire répondre “non”. Il est difficile de voir comment communiquer autre chose que votre approbation en acceptant d'aller à cette cérémonie. De plus, si vous n'approuvez pas mais que vous y allez quand même, vous agissez malhonnêtement et avec hypocrisie.

Ma position personnelle est de loin la réponse n°2, donc je n'irai pas. Parfois, la chose la plus porteuse d’amour n'est pas celle qui semble l’être. Je ne veux pas faire quoi que ce soit pour qu’une personne m'apprécie plus si je l’encourage à faire quelque chose de dangereux. Le fait d'aller au mariage d'un couple du même sexe n'est pas la chose la plus attentionnée à faire parce que je ne veux pas encourager mes amis dans une action qui va à l'encontre de ce que Dieu commande.

La décision de ne pas aller à leur mariage endommagera-t-elle ma relation avec mes amis homosexuels ?

Malheureusement cela est possible, et même sûr. Mais si vous allez à cette cérémonie, vous risquez de faire plus de dommages à vos amis en leur laissant l'impression que vous approuvez ce qu'ils font. Vous les encouragez ainsi à faire quelque chose qui va à l'encontre de ce que Dieu commande. Il n'y a vraiment aucun remède à cette situation. Mais si vous décidez de ne pas y aller, il y a cependant certaines choses que vous pourrez faire pour aider vos amis à comprendre que vous les aimez et que vous avez de la compassion pour eux : 

  • Prenez du temps avec eux avant afin de leur expliquer ce que vous ressentez. Expliquez-leur que vous ne les rejetez pas en tant que personnes, mais que vous n'approuvez pas ce qu'ils font. Si vous ne pouvez pas le faire face-à-face ou que vous vous inquiétez de ne pas être capable d'exprimer clairement vos sentiments, mettez-les sur papier (surtout pas de sms ou de mail) en leur expliquant ce que vous ressentez.
  • Prenez du temps avec vos amis au moment de la cérémonie (avant et après) pour continuer à construire une relation stable.

Cependant, même si vous faites ces choses-là, vos amis risquent d'être tellement offensés par votre décision que votre relation en sera probablement endommagée.

Si je ne vais pas à un mariage homosexuel, devrais-je alors aller à un “faux” mariage hétérosexuel ?

Nos amis se marient souvent dans des circonstances plus ou moins délicates, comme un remariage après un divorce par exemple. Aller à un mariage comme celui-ci risque aussi d'être considéré comme une marque d'acceptation. Il y a de nombreuses choses à considérer pour prendre cette décision : 

  • Si les personnes qui se marient affirment être des disciples de Christ et affirment l'avoir été dans le mariage précédent avant le divorce, la vraie question est de savoir si le divorce en question était légitime aux yeux de Dieu. Si le divorce n'aurait pas du avoir lieu, il ne devrait pas y avoir de second mariage. Et dans un cas comme celui-ci, je n'irai pas au mariage.
  • Si les personnes qui se marient ne sont pas des disciples de Christ, je ne les confronterais pas avec les mêmes attentes que pour des chrétiens. Dans ce cas, alors que leur divorce aurait pu survenir pour de mauvaises raisons, leur nouveau mariage est dans une certaine mesure légitime car ils sont un homme et une femme et se conforment à l'institution du mariage.
  • Bibliquement et historiquement, nous pouvons observer de nombreux exemples où les mariages ont été dans une certaine mesure mauvais, mais ont été considérés comme légitimes. Par exemple, considérons le cas de la polygamie, qui va à l'encontre des intentions de Dieu vis-à-vis d'un mariage entre “un homme et une femme” (Matthieu 19.5) et qui empêche un homme d'être ancien dans une Église (1 Timothée 3.2), mais que la Bible ne condamne pas comme un mariage illégitime.

Je reconnais que ma vision du mariage est en décalage avec notre culture et, par conséquence, je pourrais aisément être accusé de bigoterie et d'homophobie. Mais c'est un petit prix à payer pour rester fidèle à Jésus et nous ne devrions pas nous attendre à moins que ça en tant que disciples (Matthieu 5.11-12). Il est important de noter que mon approche entière de l'éthique sexuelle est diamétralement opposée aux normes culturelles actuelles. Mon espoir est que les disciples fidèles de Jésus ne puissent avoir des relations sexuelles que dans le cadre du mariage, et par ce fait, qu'ils puissent démontrer qu'il est possible de vivre une vie satisfaisante sans sexe sans que cela soit considéré comme anormal. Mes points de vue entrent en conflit avec notre culture, et ce sur de nombreux points.

Pourtant, je ne recherche la confrontation avec personne. Je reconnais que nous sommes tous pécheurs devant Dieu, avec nos propres soucis et nos propres casseroles que nous traînons derrière nous. La nature radicale de l'Évangile reconnaît qu'aucun de nous intérieurement et extérieurement n'est moralement supérieur à un autre. Séparés de la grâce de Dieu, nous sommes tous des âmes perdues. C'est seulement en nous abandonnant à la grâce de Dieu révélée en Jésus-Christ que nous pouvons trouver la guérison et la plénitude. Ces dernières affectent profondément notre attitude face à la sexualité et à nos relations, et elles nous donnent le moyen de vivre comme des disciples de Christ, même si cela est coûteux.


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