Un lecteur d’Évangile 21 nous demande : Peut-on prier avec un catholique sans évoquer Marie ou les saints sans conséquences spirituelles pour moi ? Peut-on être en unité d’Esprit alors que lesdites personnes vouent un culte à une « Marie » qui n’est pas mère de Jésus . . . mais qui croient au même Jésus et au même Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ?

Certains catholiques trouvent enrichissant de prier avec des évangéliques. D’une perspective évangélique, la chose est-elle souhaitable ? Est-elle sans conséquences ? Alors que les différences entre catholiques et évangéliques sont minimisées au profit d’un dialogue interreligieux, elles sont néanmoins bien réelles. Nous suggérons 5 pistes de réflexion.

1) Nos prières s’enracinent-elles dans l’Écriture ?

La prière est avant tout notre réponse à la révélation de Dieu dans sa Parole. La spiritualité évangélique, et notamment la prière, a toujours voulu trouver sa source et son fondement dans l’Écriture. Une prière qui s’inspire d’exercices spirituels fondés sur des doctrines ou des pratiques contraires à la révélation de Dieu dans sa Parole, telles que le « Je vous salue Marie » – même si la première partie est quasi-entièrement tirée de l’Écriture – , ou des prières adressées aux saints, n’échappent pas aux reproches de Jésus à propos de ceux et celles qui s’imaginent « qu’à force de paroles ils seront exaucés » (Matt 6.8).

Les grandes prières des saints, telles que la prière de Saint François d’Assise, peuvent être inspirantes pour l’âme, mais elles ne sauraient simplement être répétées sans méditation préalable.

En revanche, les croyants trouveront grand profit à s’inspirer des prières de l’apôtre Paul contenues dans maints passages de sa correspondance avec les Églises et ses collaborateurs.

2) Prier, oui certes, mais à qui s’adresse-t-on ?

Lorsque les disciples sont venus lui demander de leur enseigner à prier, Jésus leur a enseigné à prier le Père (Luc 11.2), ou encore « Notre Père qui es aux cieux » (Matt 6.9). Cependant, nul besoin de fréquenter très longtemps des gens de confession catholique pour constater l’importance de la Vierge Marie et des saints dans leur piété.

Bien que Paul reconnaissait la futilité des idoles (1 Cor 9.19-20), il se souciait du bien-être spirituel de ses enfants en Jésus-Christ, sachant qu’il existe un lien entre idoles et démons, et que la participation à des cultes idolâtres n’était pas sans conséquence. En tant qu’enfants de Dieu, nous ne voulons ni ne pouvons participer à des prières ou à des cérémonies religieuses qui sont foncièrement idolâtres à l’aune de l’Écriture. Sans établir de lien direct entre pratiques religieuses contraires à l’Écriture et danger spirituel imminent, la prudence est de mise en ce domaine.

Jésus seul est mort en sacrifice volontaire pour effacer nos péchés et nous rendre Dieu propice ; nous pouvons maintenant paraître nous-mêmes avec assurance devant Dieu, alors que Jésus-Christ lui-même exerce son rôle de souverain sacrificateur en notre faveur (Héb 6.14-16). Seules sa mort et sa résurrection nous servent d’assurance devant Dieu et d’accès à notre Père.

L’apôtre Paul invite Timothée à la prière, en précisant qu’ « il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ-Jésus homme, qui s’est donné lui-même en rançon pour nous » (1 Tim 2.5-6a). Une prière à Dieu le Père, présentée sur la base de quelque autre médiateur, ne saurait trouver d’écho dans le cœur des évangéliques qui désirent s’appuyer sur l’autorité de l’Écriture.

3) Prier par l’Esprit, mais quel Esprit au juste ?

Si tout ce qui brille n’est pas or, tout ce qui est spirituel n’est pas forcément en accord avec l’Écriture. Paul exprime ses inquiétudes à des Corinthiens sans discernement qui supportent fort bien « le premier venu [qui] vous prêche un autre Jésus . . . , un autre esprit, . . . un autre évangile » (2 Cor 11.4). Sans vouloir ériger inutilement des barrières entre croyants, encore faut-il s’assurer que nous prions le même Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ.

Lorsque Paul enseigne aux Éphésiens à prier en tout temps « par l’Esprit » (Éph 6.18), il a d’abord pris soin de préciser que cet Esprit est celui qui nous a scellés et qui sert de gage pour le jour de notre rédemption finale (Éph 1.14), l’Esprit en qui tous les membres de la famille de Dieu sont une habitation de Dieu unis en Jésus-Christ (2.20-22), qui fortifie notre être intérieur (3.16), créateur de la véritable unité en Jésus-Christ (4.3-4), qui renouvelle notre intelligence (4.23), que nous ne devons pas attrister (4.30) mais au contraire dont nous devons être remplis (5.18). Bref, il s’agit de l’Esprit de Jésus-Christ, en qui nous avons le pardon des péchés par la foi seule, sans les œuvres.

Désirer prier en compagnie de véritables enfants de Dieu est très louable et correspond à la prière de Jésus qui veut que ses disciples soient un et unis ; cependant, chercher le plus petit dénominateur commun entre des gens de confessions différentes à l’extérieur du message de l’évangile ne correspond ni à l’esprit de l’Écriture ni aux promesses que Jésus a adressées à ses disciples.

Être en communion d’esprit avec ceux et celles qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur exige un minimum de discernement qui va au-delà des prétentions de ceux et celles affirmant appartenir à Jésus-Christ et se réclamant du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Les promesses faites aux pères ont trouvé leur plein accomplissement dans la personne et l’œuvre toute suffisante de Jésus-Christ à la croix. Au vocabulaire commun doit également correspondre une véritable foi commune.

4) Prier ensemble certes, mais comment le faire en pratique ?

Les disciples de Jésus, ayant vu Jésus prier, sont venus lui demander qu’il leur enseigne à prier, tout comme Jean-Baptiste avait enseigné à ses disciples à prier (Luc 11.1). Deux observations guident notre réflexion à propos de ce passage. La première, c’est que l’on peut apprendre à prier ; s’adresser à Dieu de manière à l’honorer par nos prières, lui demander les faveurs qu’il est prêt à nous accorder, mettre nos pensées au diapason de sa volonté, tout cela requiert un certain apprentissage. La bonne nouvelle en cette matière, c’est que prier, ça s’apprend, en compagnie de ceux et celles qui savent déjà prier.

La deuxième observation, c’est que l’on peut aussi enseigner à prier. La piété évangélique a produit dans l’histoire de nombreux recueils de chants, véritables mines d’or de prières à méditer. Nous avons noté ci-dessus les prières de l’apôtre Paul. Mais la Bible contient aussi un grand recueil de chants et de prières, tous destinés à nous apprendre et à nous enseigner mutuellement (cf. Col 3.16) comment nous adresser à Dieu. Le livre des Psaumes est irremplaçable lorsqu’il s’agit d’apprendre à prier et d’enseigner à prier. Nulle école buissonnière psalmique n’est souhaitable ni possible lorsque l’on désire apprendre et à enseigner à prier.

5) Pour conclure, nos prières rendent-elles à Dieu un culte qui lui soit agréable ?

Somme toute, un enfant de Dieu se laissera guider par la Parole de Dieu lorsque vient le moment d’adorer Dieu et de le prier selon ses propres termes. Nous nous approchons du trône de la grâce, et celui qui nous y reçoit est notre Père céleste. Mais puissions-nous nous rappeler que le culte que nous rendons à Dieu est appelé à être agréable à celui qui, même dans la Nouvelle Alliance, demeure encore et toujours un feu dévorant (Héb 12.28-29).

Pour aller plus loin

Samuel Bénétreau, Les prières de Jésus. L’unique et l’imitable, Charols, Excelsis, 2009.

Donald A. Carson, Dans l’inimité de Jésus, Charols, Excelsis, 2002 (malheureusement épuisé).

Timothy Keller, La prière. S’émerveiller dans l’intimité de Dieu, Charols, Excelsis, 2016.


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