Tel est l'article de foi capital, qui nous sépare de tous les païens : toi homme, tu dois apprendre non seulement que Christ né d'une vierge est le Seigneur et le Sauveur, mais aussi savoir qu'il est ton Sauveur, afin que tu puisses ainsi glorifier Dieu dans ton cœur. J'entends la parole qui résonne du haut du ciel, et qui dit : Cet enfant, qui est né d'une vierge, n'est pas seulement le fils de sa mère. J'ai quelque chose de plus élevé et de meilleur que l'office maternel, parce qu'il est mien ; car l'ange a dit : « Á vous, c'est à vous qu'il est né. » Ici il faut dire : Amen. Je t'en rends grâces. Mais la raison dira : « Qui sait ? Je crois assurément qu'il est né d'une vierge, qu'il est le Seigneur et le Sauveur ; mais peut-être viendra-t-il en aide à Pierre et à Paul et ne se souciera-t-il pas de moi ? ». Tu dis certes que tu crois ces choses, mais il n'en est rien. Même s'il était possible que tu les crusses, cela ne serait pourtant pas assez : il faut encore y ajouter cette foi, qu'un Sauveur est né pour toi. Il n'est pas né seulement pour l'honneur de sa mère, afin qu'elle soit glorifiée d'être vierge et mère : cet honneur n'appartient à nulle autre qu'à elle et ne doit pas être méprisé ; mais on ne doit pas l'estimer trop haut, afin de ne pas nier ce qui est écrit : Il vous est né un Sauveur. Il ne s'est pas agi pour lui de naître d'une vierge, il s'est agi de quelque chose d'infiniment plus grand. C'est ce que Marie chante elle-même : « Il a adopté Israël son serviteur »(Luc 1.54). Non point (veut-elle dire) qu'il doive naître à cause de moi et de ma virginité, mais pour toi et à ton service, non pas seulement pour ma gloire.

Examine-toi, et vois si tu es un chrétien. Si tu peux chanter : Ce Fils qui a été prêché, qui est le Seigneur et le Sauveur, il est mon Sauveur, et si tu peux confirmer la parole de l'ange et lui répondre « oui » du fond du cœur, et si tu crois : alors ton cœur sera plein de confiance, de joie et de fierté et ne se souciera pas beaucoup de choses qui sont sur la terre.


Auteur : MARTIN LUTHER (Œuvres – Tome IX - pp. 225-226 Labor et Fidès).

Ichthus n°8, décembre 1970, page 12