Quand j’étais en formation à l’université pour devenir pasteur, Le Lévitique n’était pas un livre que je consultais pour mes études de théologie pastorale. En fait, je ne le consultais pratiquement pas pour aucune de mes matières, excepté parfois pour parler d’expiation des péchés. Je pense ne pas être le seul dans ce cas. Peu d’entre nous se répandraient avec joie auprès de nos paroissiens sur les détails du lavage des personnes atteintes de maladies de peau.

Mais j’apprends depuis quelque temps à quel point nous nous fourvoyons lorsque nous ne considérons le Lévitique que sous cet angle.

Figures de pasteurs sous l'Ancienne Alliance

Dans son ouvrage le plus récent, Qui gravira la montagne de l'Éternel ? Une théologie biblique du livre du Lévitique (IVP Academic, 2015), L. Michael Morales attire notre attention sur les implications pastorales des premiers versets de Lévitique :

« L'Éternel appela Moïse, depuis la tente d'assignation, il lui parla et dit : Parle aux enfants d'Israël, et dis-leur : Lorsque quelqu'un d'entre vous fera une offrande à l'Éternel, il offrira du bétail, du gros ou du menu bétail. Si son offrande est un holocauste de gros bétail, il offrira un mâle sans défaut ; il l'offrira à l'entrée de la tente d'assignation, devant l'Éternel, pour obtenir sa faveur. » (Lévitique 1.1-3, NEG79)

Chaque fois qu’un Israélite offrait un holocauste à l’Éternel, il devait d’abord le présenter aux prêtres. Ceux-ci devaient l’examiner afin de vérifier qu’il était sans défaut, souillure, maladie, infirmité ou faiblesse (Lévitique 22.17-28). Comme Morales le souligne, cela donnait aux prêtres l’opportunité d’accompagner le peuple de Dieu comme des pasteurs.

Décrites au milieu de la Torah, les dispositions du système sacrificiel étaient au cœur de la relation d’Israël avec Dieu. Elles étaient non seulement utilisées par  Dieu  pour instruire son peuple dans la sainteté (contrairement à ce que bon nombre d’entre nous avons eu l’habitude de penser, Dieu aime la pédagogie), mais ont aussi permis de lui ramener les pécheurs. Les sacrifices exprimaient autant le désir de Dieu de nous attirer plus près de lui, que notre incapacité à atteindre une telle proximité.

Les croyants se devaient donc de donner le meilleur d’eux-mêmes en guise d’adoration. Offrir un animal faible ou avec des défauts indiquait soit de la négligence vis-à-vis de Dieu, soit un manque de confiance dans ses capacités à pourvoir. Les sacrifices moindres signalaient un cœur distant. La présentation et l’inspection des sacrifices étaient par conséquent une opportunité pour les prêtres de responsabiliser, corriger et instruire les croyants, de la même manière qu’un pasteur le ferait aujourd’hui.

Conséquences pour les bergers de la Nouvelle Alliance

En tant que croyants soumis à la Nouvelle Alliance et non à l'Ancienne, nous n’offrons plus d’holocaustes dans un tabernacle ou dans un temple. L’œuvre accomplie de Christ sur la croix a fait ce que le sang des bœufs et des chèvres n’auraient jamais pu faire : nous purifier de l’iniquité et du péché et nous faire entrer dans la présence du Dieu vivant (Hébreux 10.4). Mais cela ne signifie pas que nous n’avons plus à offrir des sacrifices acceptables à l’Éternel. Paul nous exhorte à offrir des sacrifices spirituels avec nos vies tout entières, en réponse à la glorieuse miséricorde qui nous a été témoignée en Christ (Romains 12.1-2). Cela signifie donc que Lévitique a encore quelque chose à nous enseigner.

Deux applications sont possibles. L’une est simplement un appel pour une plus grande introspection de la part du peuple de Dieu. Tout comme les Israélites devaient être soucieux de l’offrande qu’ils apportaient devant l’Éternel, nous aussi devons être plus attentifs à ne pas traiter Dieu comme une réflexion secondaire dans la gestion de nos temps, énergie, émotions ou dévotion : Il mérite notre être tout entier.

Deux raisons de ne pas voir l’épreuve comme une mauvaise chose

Les pasteurs eux-mêmes ont beaucoup à gagner en se penchant sur le Lévitique. Bien qu’ils ne soient pas des prêtres au sens d'experts et de médiateurs, le fait de recadrer les disciples et de mener le peuple de Dieu dans son adoration nécessite d’examiner les sacrifices qu’ils font, leur dévouement. Il est tentant d’éviter les difficultés du tutorat pastoral et de la correction, mais il faudrait, à la lumière du système lévitique, y résister pour deux raisons.

Premièrement, Dieu est digne de nos efforts. Au travers du prophète Malachie, il dit :

« Quand vous offrez en sacrifice une bête aveugle, n'est-ce pas mal? Quand vous en offrez une boiteuse ou infirme, n'est-ce pas mal? Offre-la donc à ton gouverneur! Te recevra-t-il bien, te fera-t-il bon accueil? dit l'Éternel des armées. » (Malachie 1.8)

Pasteurs, encouragez votre communauté pour la gloire du grand nom de l’Éternel.

Deuxièmement, votre communauté a besoin de vos efforts. Même si nous n’offrons plus de sacrifice pour l’expiation de nos fautes, le dévouement reste au cœur de notre communion avec Dieu. Si les membres de votre église ne se donnent pas à Jésus, ils se donnent à d’autres choses : l’argent, le sexe, le pouvoir, la famille, leur carrière, ou toute autre idole qui les détruira. Plus que tout au monde, les chrétiens ont besoin de se donner entièrement dans l’adoration de Jésus. C’est leur raison d’être.

Quatre façons de veiller sur l’assemblée comme Jésus

Quoique je ne sois pas un expert dans le tutorat pastoral, il y a au moins quatre choses que les pasteurs doivent faire s’ils veulent conduire leurs communautés de manière consistante et avec le cœur sacerdotal de Jésus.

Premièrement, il faut être assez proche des membres de l’église pour pouvoir découvrir leurs vies. Si examiner une jambe cassée ou l’œil borgne d’un bœuf ou d’une chèvre est relativement simple, examiner le cœur d’un homme demande en revanche du temps, de l’attention et la sagesse du Saint-Esprit. Cela requiert aussi de la proximité. En d’autres termes, amis pasteurs, si vous souhaitez exhorter comme il faut votre communauté à s’offrir inconditionnellement à Christ, vous devez faire partie de leurs vies. Les pasteurs qui sont loin de leur brebis ne les connaîtront pas et leurs encouragements pastoraux seront mal perçus et malencontreux.

Deuxièmement, on doit les aimer. Cela semble évident, mais c’est ce qui distingue l’amour tendre de l’espèce d’interrogatoire destructeur et autoritaire contre lequel réagissent mal plusieurs personnes qui finissent par fuir l’église. Nous nous devons d’être compatissants dans notre fonction de « prêtre », tout comme Jésus l’était (Hébreux 4.14-15). Souvenons-nous que nous sommes sur le même bateau que notre communauté : nous sommes tous sujets à des tentations, des péchés et des échecs exigeant d’être disciplinés par la grâce (Hébreux 2.17-18).

Troisièmement, il faut avoir le courage de parler, car ce genre de dialogue peut être délicat. Il ne faut pas être insistant, ni intrusif ou mal comprendre le cœur de quelqu’un en faisant une remarque qui apporterait plus de mal que de bien. Voilà pourquoi les deux points précédents sont si importants. Parler en toute franchise ne fonctionne que lorsque les membres de votre communauté savent que vos mots viennent d’un coeur plein d’amour, et que c’est parce que vous les connaissez bien que vous vous permettez de leur parler ainsi.

En définitive, nous devons constamment prêcher un Jésus digne de nos sacrifices. Ce n’est que lorsque nous le présentons comme celui qui a été crucifié et ressuscité, comme le seul ayant vécu une vie d’obéissance parfaitement offerte, pour nous, sans tache et sans défaut, ce n’est qu’alors que nous pourrons voir le don de soi avec joie et non avec contrainte.

Si Jésus, flamboyant dans toute sa gloire, est au cœur de nos messages et de notre pastorat, alors il régnera, par la grâce de Dieu, dans le cœur des membres notre communauté et demeurera au cœur de leur adoration.


Traduction : Thomas Küffer

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