Le thème proposé est immense. L’œuvre de l’Esprit est transverse à de nombreux pans de la théologie et de l’expérience chrétienne. De quel domaine l’Esprit Saint pourrait-il être absent ? W. Grudem, théologien charismatique, observe à juste titre :

« Il est surprenant de constater le nombre d’activités particulières qui peuvent être faites ‘dans’ le Saint-Esprit, selon le Nouveau Testament : il est possible d’être transporté de joie dans le Saint-Esprit (Lc 10.21), de former un projet ou de prendre une décision dans le Saint-Esprit (Ep 2.18), de prier dans le Saint-Esprit (Ep 6.18 ; Jude 20) et d’aimer dans le Saint-Esprit (Col 1.8). A la lumière de ces textes, nous pourrions nous demander quand nous exerçons ces activités si nous sommes conscients de la présence et de la bénédiction du Saint-Esprit[1]. »

Nous nous appuierons sur Jean 16.7-15 pour développer nos remarques sur l’œuvre de l’Esprit, notamment en ce qu’il est l’Esprit-créateur de l’Eglise[2]. Nous conclurons en analysant de plus près ce dont nous sommes spécifiquement tenus pour responsables dans notre interaction à l’Esprit.

I. Le Saint-Esprit avantage l’Eglise (Jean 16.7)

« Cependant, je vous dis la vérité : il est avantageux pour vous que je parte, car si je ne pars pas, le Consolateur ne viendra pas vers vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai. » 

Jésus vient d’annoncer aux disciples les terribles persécutions qui les attendent (16.1-6) : ils seront exclus des synagogues et seront même mis à mort par des gens qui se réclameront de Dieu ! Jusqu’ici, Jésus était leur bouclier. Quand la foule n’appréciait pas les disciples, c’est à Jésus qu’elle demandait des comptes (cf. Mt 9.14, 12.2, 15.2 ; Lc 19.32, etc.). Mais Jésus s’en va. Les disciples seront dans un face-à-face direct avec la violence des hommes et des démons. Leur cœur est envahi de tristesse et on peut les imaginer souhaiter de tout cœur que Jésus reste auprès d’eux. Comment la venue de l’Esprit pourrait-elle être préférable à la présence du Seigneur ?

Par le conseil juridique

C’est avantageux par la nature même de l’œuvre de l’Esprit qui porte le nom de Paraclet, composé de la préposition para (aux côtés de) et du verbe kaleo (appeler). Un terme qui évoque plusieurs images.

La première – centrale – est d’ordre juridique. L’Esprit est un assistant légal, un témoin, un conseiller juridique, une sorte d’avocat. Lorsque Jésus introduit la venue de l’Esprit en Jean 14, il annonce un « autre » (allos, même qualité) Paraclet (14.6), montrant que Jésus et l’Esprit agissent dans la même direction. Or Jésus est notre premier défenseur devant la colère de Dieu : il s’est substitué à nous. A la croix, il devient péché pour nous (2 Co 5.21) et reçoit de plein fouet la juste colère que le Père destine aux hommes pécheurs (Col 3.6). Ceux qui se réfugient avec confiance en sa grâce sont sauvés (Rm 3.25 ; Jn 3.36). Jésus peut légitimement défendre ses disciples. Il justifie, il pardonne, il intercède. Dans ce sens-là, le Saint-Esprit, s’appuyant sur l’œuvre réalisée du Fils, est un défenseur similaire au Fils. L’Esprit nous défend devant l’accusation de notre conscience et du diable. Et surtout, il dit à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu, que nous sommes dans sa main (Rm 8.16). L’Esprit est avocat de ceux que Christ a sauvés et procureur de ceux qui rejettent son œuvre, comme nous le verrons avec les versets 8 à 11.

La seconde ajoute l’idée d’un accompagnement. Une personne au chevet de quelqu’un qui souffre ou un conseiller redressant les voies d’un chrétien qui erre.

Ce langage de la défense ou de l’accompagnement, dans le contexte de la persécution annoncée, se trouve admirablement illustré dans la force de caractère qu’exprime Etienne, rempli d’Esprit Saint, au moment de son martyre :

« En entendant cela, ils furent exaspérés dans leurs cœurs, et ils grinçaient des dents contre lui. Mais Etienne, rempli d’Esprit Saint, fixa les regards vers le ciel et vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Il dit : Voici : je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. Ils crièrent alors d’une voix forte, en se bouchant les oreilles, et ils se précipitèrent tous ensemble sur lui, le chassèrent hors de la ville et le lapidèrent. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul » (Ac 7:54-58).

L’Esprit soutient avec puissance ceux qui sont attaqués pour leur foi en Jésus.

Par la nouvelle alliance

Le départ du Seigneur/la venue de l’Esprit est un avantage aussi parce que cette étape inaugure une ère anticipée par l’Ancien Testament. Le prophète Esaïe annonce une effusion de l’Esprit sur le serviteur de l’Eternel (Es 11.1-3, 42.11s). Une fois dépassés les jugements des Assyriens et des Babyloniens, un temps marqué par l’Esprit toucherait le peuple (32.14-15, 44.1-5). L’un des passages les plus emblématiques[3] de cette espérance se trouve en Ezéchiel 36 :

« Je vous retirerai d’entre les nations, je vous rassemblerai de tous les pays et je vous ramènerai sur votre territoire. Je ferai sur vous l’aspersion d’une eau pure, et vous serez purifiés ; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon Esprit en vous et je ferai que vous suiviez mes prescriptions, et que vous observiez et pratiquiez mes ordonnances. » (Ez 36.24-27, cf. 11.17-20, 37.1-14)

Le temps de l’accomplissement – ou au moins de l’inauguration – approche. Qu’est-ce qui change quant au ministère du Saint-Esprit avec la nouvelle alliance ? Le spectre des perspectives est assez large. R. Pache ne conçoit pas qu’il y ait régénération ni onction stable avant la Pentecôte[4]. S. Romerowski soutient l’inverse :

« La seule manière de rendre pleinement justice au texte nous paraît être d’affirmer à la fois que le don de l’Esprit ne pouvait être accordé aux croyants de l’ancienne alliance et aux disciples de Jésus qu’en vertu de la mort de Jésus, de sa résurrection, de son ascension et la Pentecôte, que ce don est rendu possible par ces événements et en découle, et que les croyants de l’Ancien Testament et les disciples de Jésus en ont bénéficié avant que ces événements se produisent, par anticipation sur ces événements[5]. »

Carson, qui se montre un peu critique de cette simplification[6], s’insère quelque part entre les deux, tout comme Cole qui note que les expressions de la circoncision du cœur, le remplacement du cœur de pierre par un cœur de chair est un concept similaire à la régénération, vocable qui pourtant est étranger à l’Ancien Testament, LXX comprise[7]. Je garde en canevas cette opinion que la régénération est commune aux deux Testaments, mais que la présence interne pérenne de l’Esprit, vecteur de l’incorporation au corps du Christ, est une nouveauté néotestamentaire.

Il me semble que l’anticipation de l’Ancien Testament attend avec enthousiasme cette pentecôte rendue possible par la mort, la résurrection et l’ascension du Christ. Quelque chose est nouveau dans l’Eglise : un seul corps formé de rachetés issus de toutes les nations. Et même cela n’est qu’un accomplissement partiel. Nous n’avons reçu « que » les arrhes de l’Esprit (2 Co 1.22), ce qui anticipe une gloire encore supérieure…

Par le rapport au croyant

Le départ du Seigneur/la venue de l’Esprit est un avantage, enfin, parce qu’en comparant avec la promesse de Jean 14.16s, on réalise que la présence de l’Esprit sera éternelle et interne. Si la communion actuelle de l’Esprit peut être merveilleuse, elle reste inférieure à ce que nous connaîtrons dans l’éternité. Nul doute qu’avec le passage à la nouvelle terre, nous apprécierons d’autant plus la relation qui nous unit à lui, source intarissable de satisfaction. Dans le sauvetage qu’est l’Evangile, Dieu intervient par un acte décisif et définitif. Il vient « dans » les sauvés. Il fait d’eux son temple.

Voilà tout l’avantage du départ de Jésus. « Car si je ne pars pas, le Consolateur ne viendra pas vers vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai. » Son départ est une condition à la venue de l’Esprit. Non qu’il y ait obstacle de la présence et du ministère des deux, bien entendu ! S’il part, c’est qu’il a achevé son œuvre expiatoire. S’il l’a achevée, alors la Nouvelle alliance est inaugurée – le Saint-Esprit peut donc rassembler en un seul corps, l’Eglise, dont Christ est la tête, tous ceux et toutes celles que le Père a élus de toute éternité. Nous comprenons donc que toutes les paroles sur l’Esprit des évangiles et des Actes avant la Pentecôte, ne peuvent être que des promesses (Lc 3.16-17, 11.13 ; Jn 20.22 ; Ac 1.8). Elles ne peuvent s’accomplir qu’avec l’achèvement de l’expiation.

II. Le Saint-Esprit réalise l’Eglise (Jean 16.8-11)

« Et quand il sera venu, il convaincra le monde de péché, de justice et de jugement : de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; de justice, parce que je vais vers le Père, et que vous ne me verrez plus ; de jugement, parce que le prince de ce monde est jugé. »

L’Esprit Saint est l’artisan de l’Eglise. C’est lui qui la réalise dans le sens où il est la source des éléments de conviction qui conduiront un homme ou une femme à croire en Jésus et à se confier à lui. C’est l’Esprit qui fera passer l’individu de l’état d’incroyant à celui de confiant en l’œuvre du Christ.

Ces versets semblent raisonnablement simples. Ils sont, en fait, redoutables. Brown écrit : « Les commentateurs n’ont pas trouvé facile la compréhension des versets 8 à 11. Augustin a évité ce passage en le considérant très difficile ; Thomas d’Aquin a cité diverses opinions sans donner la sienne ; Maldonatus le considère comme le plus obscur de l’Evangile[8]. »

Convaincre – quoi ?

Le verbe « convaincre » a toujours, dans le Nouveau Testament, la connotation de présenter un reproche (cf. Mt 18.15 ; Jn 8.46 ; Lc 3.19, etc.) Si l’Esprit est le Défenseur de l’Eglise, il est en quelque sorte l’accusateur du monde, compris ici comme l’ensemble de l’humanité non-régénérée. Il en est le procureur.

Convaincre – de quoi ?

Jésus identifie trois axes au ministère accusateur, correctif ou exhortatif de l’Esprit.

Le Saint Esprit convaincra de péché. Selon Jean 3.19-20, les hommes ne veulent pas du Christ parce qu’ils ne veulent pas admettre qu’ils sont pécheurs ! L’œuvre de l’Esprit est précisément de les convaincre de cette grande faute. Rejeter Christ, refuser de croire et d’être sauvé, c’est le péché qui montre qu’on n’a rien compris au péché, ni au besoin d’un Sauveur.

Le Saint Esprit convaincra de justice. La construction parallèle permet de comprendre que Jean utilise ici le terme « justice » de façon négative. L’Esprit convaincra le monde des défaillances de sa propre justice. Pourquoi ? Précisément parce que le Père approuve l’œuvre du Fils. Il le ramène à lui parce que l’œuvre de justification accomplie est suffisante. En sorte que toute prétention de justice personnelle est une arrogance. Dans son premier sermon public, Jésus lance avec sévérité : « Si votre justice n’est pas supérieure à celles des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu » (Mt 5.20). Il oppose ensuite les faibles attentes des gens à l’exigence de Dieu – ce n’est pas suffisant de ne pas commettre de meurtre : Dieu considère que la colère en est déjà l’expression. La barre n’est pas placée à rien de moins que la conclusion de Matthieu 5.48 : « soyez donc parfait comme votre Père céleste est parfait ». Qui peut impressionner Dieu par sa propre justice ? Carson écrit :

« Jean aime citer ou faire allusion au livre d’Esaïe, et Esaïe 64.5 (LXX) établit que toute dikaiosunē, (« justice ») des gens du temps d’Esaïe ressemblait au vêtement souillé des pertes menstruelles. Dans le quatrième évangile, cette lecture de ‘ justice ‘ est éminemment appropriée […] assurément il y a d’autres endroits du NT où la dikoisun du monde se révèle entièrement inadéquate (par ex. Mt 5.20 ; Rm 10.3 ; Ph 3.6-9 ; Tt 3.5)[9]. » 

Jésus vient dans le monde, révèle son péché et son arrogance, accomplit toute justice, repart vers le Père. Sa mission est accomplie. Le rôle de l’Esprit est de contrer l’arrogance de croire qu’on va bien. Si le monde allait bien, Jésus ne serait pas descendu ! Il ne serait pas mort pour des gens qui n’ont pas besoin de sacrifice !

Le Saint Esprit convaincra de jugement. Le jugement du monde est erroné, rempli de suffisance et d’aménagement. Cette arrogance sera balayée par l’œuvre de l’Esprit qui en révélera la superficialité. L’Esprit convaincra le monde de son jugement erroné, justement parce que son leader, le diable, a été vaincu. Celui qui aveugle les nations, le dieu de ce siècle, celui qui ôte la semence de la Parole et qui continue de donner des repères mensongers, a été condamné. Il n’y a donc aucune place pour le jugement relatif et accommodant des hommes.

Convaincre – comment ?

Je repère deux « outils » de l’Esprit pour accomplir cette œuvre de conviction.

La Parole prêchée. La péricope précédente liait déjà l’œuvre de l’Esprit au témoignage des apôtres (Jn 15.26-27). C’est eux qui avaient la tâche de poser le fondement de l’Eglise universelle (Ep 2.20, 3.5), à savoir Jésus-Christ (cf. 1 Co 3). Par eux, nombreux seraient ceux qui croiront en Jésus (Jn 17.20). Dès que l’Evangile est pleinement annoncé (dans le sens de 1 Co 15.1-5, sans mélange de fausses promesses ou exigences, cf. Ga 1.6-9), ce sont les paroles des apôtres qui sont mises en avant « par le Saint-Esprit » (1 P 1.12). Un Evangile si puissant qu’il engendre la vie – fait naître de nouveau (1 P 1.23) – faisant descendre l’Esprit sur celui qui croit (Ga 3.2).

Le ministère prophétique de l’Eglise. L’Esprit utilisera la prédication de la Parole de Dieu, le ministère prophétique de l’Eglise pour convaincre et mener au salut. En 1 Corinthiens 14.24, le même verbe est utilisé pour évoquer le simple auditeur qui est « convaincu » par tous.

Les paraboles du Royaume identifient deux semences : la parole de Dieu et les fils du Royaume. Toutes deux sont implantées dans le monde pour donner naissance à la vie spirituelle que l’Esprit conférera à ceux que le Père veut sauver. L’Esprit utilisera donc la vie des disciples et leur prédication de la Parole pour toucher les cœurs.

Cette promesse de Jésus a dû être un baume bienfaisant. Dieu les équiperait pour faire face aux difficultés. Mieux, il accomplirait lui-même le travail ! L’Esprit se saisit de la Parole de Dieu et de la vie de l’Eglise pour défaire les prétentions des non-croyants. L’évangélisation et la démarche apologétique en sont grandement simplifiées – il ‘suffira’ de déjouer les questions en ramenant la discussion au problème du cœur humain[10], et en présentant avec douceur, saveur et sensibilité le message de l’Evangile (Col 4.6 ; 1 P 3.15-16). L’Esprit agira !

Convaincre – et puis ?

Quelle est la nature de cette conviction de l’Esprit ? Faut-il la classer comme une œuvre de la grâce commune ? Tout autour de moi, les gens de ma famille, mes voisins ou amis extérieurs à l’Eglise ont une grande assurance dans la qualité de leur impiété ! Ils se sentent en bons termes avec Dieu et se réjouissent de n’être ni bourreau ni voleur.

Non, cette conviction est celle des élus. C’est celle qui mènera la proclamation de la croix au plus profond du cœur des auditeurs. Cette conviction précède la repentance, et elle se fait insistante au point de rendre la vie impossible jusqu’à ce qu’ils plient le genou, confessent leurs fautes et placent leur confiance en Jésus-Christ. C’est la conviction de la conversion ! La folie de la croix devient bonheur du salut (1 Co 2.14). Le plus bel exemple de cette conviction se trouve en Actes 2.37-39 :

« Après avoir entendu cela, ils eurent le cœur vivement touché, et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : Frères, que ferons-nous ? Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. »

Pierre prêche et l’Esprit interpelle. Des milliers répondent avec foi, comptant sur cette promesse : « vous recevrez le don du Saint-Esprit ». Ce don de l’Esprit est largement explicité dans les épîtres, qui usent d’expressions ou de métaphores différentes pour évoquer l’arrivée de l’Esprit au sein de la personne qui croit :

  1. Elle naît d’en haut ou de nouveau par l’Esprit (Jn 3.5-8 ; 1 Jn 5.1)
  2. Elle est régénérée par l’Esprit (Tt 3.5)
  3. Elle est lavée, sanctifiée, justifiée par l’Esprit (1 Co 6.11)
  4. Elle est scellée de l’Esprit (Ep 1.14)
  5. Elle « a » le Saint Esprit qui « habite » en elle (selon la terminologie de Rm 8.9)
  6. Elle est marquée de son sceau et reçoit les arrhes de l’Esprit (2 Co 1.22)
  7. Elle est baptisée d’Esprit Saint (1 Co 12.13) [11].

Je soutiens que toutes ces expressions relèvent de la conversion et ont lieu simultanément à elle. Nous retrouvons ici un débat fameux avec la tradition charismatique. Il y aurait une double bénédiction à rechercher : la conversion qui sauve et confère une mesure de l’Esprit, justifiant l’individu ; le baptême qui revêt l’individu de puissance ou d’autorité. Selon les Eglises, cette seconde bénédiction se mesurerait soit à une sanctification particulière, soit à la présence du parler en langues, soit à une onction pour le service[12].

Le débat se résout en partie si l’on est moins rigide sur le vocabulaire et sur la nature de cette suite avec l’Esprit. Evoquer le « baptême de l’Esprit » comme expérience externe à la conversion est troublant parce que Paul dit que c’est par lui que nous intégrons le corps de Christ (1 Co 12.13)[13]. Comment un chrétien authentique pourrait-il être en dehors du corps de Christ ? Par contre, il semble satisfaisant d’envisager une multitude d’expériences avec le Saint-Esprit (les apôtres ont, par exemple, connu après la Pentecôte, une effusion supplémentaire en Ac 4.31). Peut-on les qualifier d’intensification de la présence de l’Esprit qui distribue ou concentre ses dons et ses appels selon le bon vouloir de sa volonté (cf. 1 Co 12.7) ? Je note que le discours charismatique est plus précis. Les théologiens pentecôtistes G.D. Fee[14] et I. Satyavrata[15] ne font pas du baptême de l’Esprit une expérience différente de la conversion, mais soulignent l’action postérieure, vive et reconnaissable de l’Esprit, après la conversion[16]. Tant que ce discours ne répartit pas les chrétiens en deux catégories « étanches » de chrétiens, cela convient[17]. Il n’existe qu’une seule filiation à Dieu par le Christ – et non des classes distinctes de disciples.

Avec cet ajustement, nous pouvons alors tous reconnaître que la vie chrétienne comprend une dimension de vie à l’Esprit bien réelle, et qui ne se réduit pas à l’acte fondateur de la venue de l’Esprit à la conversion. Nous tenterons de définir plus précisément les responsabilités des chrétiens à cet égard dans la conclusion.

Chaque fois qu’une personne se tourne vers Christ, l’Esprit lui est donné. Dieu fait d’elle son temple, le lieu de résidence de l’Esprit Saint (1 Co 6.19). Quel redoutable privilège !

III. Le Saint-Esprit illumine l’Eglise (Jean 16.12-13)

« J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les comprendre maintenant. Quand il sera venu, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car ses paroles ne viendront pas de lui-même, mais il parlera de tout ce qu’il aura entendu et vous annoncera les choses à venir. Lui me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi et vous l’annoncera. Tout ce que le Père a, est à moi ; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera. »

Jésus avait rassuré les apôtres : l’Esprit leur rappellerait ce qu’il avait enseigné (Jean 14) – une garantie pour la rédaction du Nouveau Testament. Ici, la promesse est similaire : ils pourront formuler la doctrine qui émane du Fils. Ils seront bientôt « poussés par le Saint-Esprit [à] parler de la part de Dieu » (2 P 1.21), enseignant ce qu’ils ont connu par l’Esprit de Dieu (1 Co 2.12-13).

Ce ministère de l’Esprit se prolonge différemment pour nous. Celui qui a inspiré l’Ecriture l’illumine afin que ses enfants la comprennent, progressivement, de mieux en mieux. L’auteur de l’évangile rassure ses lecteurs qu’ils ont une « onction » qui leur apporte la connaissance (1 Jn 2.20, 27). C’est pour cela que l’apôtre Paul formule cette prière magistrale que tout pasteur devrait formuler pour son assemblée : « que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation qui vous le fasse connaître ; qu’il illumine les yeux de votre cœur, afin que vous sachiez quelle est l’espérance qui s’attache à son appel, quelle est la glorieuse richesse de son héritage au milieu des saints, et quelle est la grandeur surabondante de sa puissance envers nous qui croyons selon l’action souveraine de sa force » (Ep 1.17-19).

Cette illumination de l’Esprit n’est pas indépendante. Elle a pour appui la Parole écrite et oriente l’Eglise vers la Parole vivante, Jésus. Il y a là un parallèle remarquable : comme le Fils a cherché l’obéissance au Père, ne faisant que les œuvres du Père (Jn 5.19-20), ainsi en sera-t-il de l’Esprit. Il honorera le Fils, cherchant sa gloire, comme le Fils l’a fait pour le Père. En sorte que l’Esprit révèlera ainsi le Père puisque c’est là le privilège de ceux qui ont vu Christ – ils ont vu le Père (Jn 14.9) !

Ce sera évidemment une des clés de reconnaissance d’un ministère authentique de l’Esprit : il pointe du doigt la personne de Christ, ses valeurs, son œuvre expiatoire, sa grandeur, sa Parole[18]. C’est ainsi qu’on peut légitiment écarter les livres douteux aux longs « dialogues » avec l’Esprit, qui éloignent de la centralité de Christ en soulignant une indépendance marquée de l’Esprit[19]. L’orthodoxie de Christ est le test johannique d’un serviteur de Dieu animé par l’Esprit Saint :

« Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit ; mais éprouvez les esprits, (pour savoir) s’ils sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde. Reconnaissez à ceci l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse pas Jésus, n’est pas de Dieu, c’est celui de l’antichrist, dont vous avez appris qu’il vient, et qui maintenant est déjà dans le monde. » (1 Jn 4.1-3)

IV. Notre participation à l’œuvre de l’Esprit

Jusqu’ici nous avons été confrontés à ce que l’Esprit accomplit de sa propre initiative, selon la volonté du Père et du Fils, dans la réalisation du salut d’un individu. Son action touchera tous les aspects de la vie chrétienne, comme nous l’avons signalé au début de cet article. Il se manifestera dans différents domaines et directions. Sa présence se fera sentir par la présence de dons spirituels (1 Co 12 à 14 ; Rm 12.1-7 ; Ep 4.11-16 ; 1 P 4.7-10), ou la manifestation du fruit de l’Esprit, c’est-à-dire une série d’attitudes, de réactions et de comportements unifiés par l’amour et bénéfiques à ceux qui entourent le chrétien (Ga 5.22s), ou l’intercession qu’il nous faut mener « par l’Esprit » (Jude 1.20) et qui s’accompagne de son secours (Rm 8.26), etc.

Notre participation à la vie de l’Esprit touchera donc tous les domaines de la vie chrétienne sans exception – peut-être devrions-nous formuler en sens inverse : l’Esprit participera à tous les domaines de notre vie chrétienne sans exception ! L’Esprit divin a toute latitude pour confier les dons qu’il souhaite confier (1 Co 12.7), intervenir à sa guise (cf. Ac 8.39). Mais d’une manière spécifique, il n’y a que quatre impératifs, dans les épîtres, qui nous lient directement au Saint-Esprit[20] et engagent notre participation attentive.

N’éteignez pas l’Esprit (1 Th 5.19)

C’est au milieu d’une série d’exhortations que ce commandement semble tomber « comme un cheveu sur la soupe » ! Les commentaires sont hésitants. Certaines explications sont trop amples. Calvin comprend par exemple que c’est lorsque « nous anéantissons sa grâce[21]. » D’autres considèrent qu’il s’agit du refus d’utiliser les dons spirituels que Dieu donne à l’Eglise[22].

Il est plus vraisemblable qu’il faille lier ce verset au moins au suivant (« ne méprisez pas les prophéties »). Deux impératifs négatifs, suivi d’un appel au discernement, et qui place ce commandement au cœur même de l’activité prophétique de l’Eglise. En cela, je ne parle pas d’une parole « directe », supplémentaire à l’Ecriture, et qui commencerait par un « ainsi parle l’Eternel ». La prophétie dévoile les cœurs et conduit à un engagement envers Christ (1 Co 14.25-26). La prophétie est là lors de l’exhortation réciproque ou de la prédication de la prophétie qu’est l’Ecriture.

C’est ainsi que nous éteignons l’Esprit lorsque nous nous détachons de l’influence que Dieu veut avoir en nous lors des rassemblements chrétiens. J’apprécie la perspective de Cole :

« En tant que croyants en Christ, nous devons être ouverts à l’Esprit. Christ ne nous a pas abandonnés. Nous vivons du côté réalisé de la Pentecôte. L’Esprit est vraiment venu. Nous ne devons pas éteindre l’Esprit aujourd’hui dans la vie de l’assemblée. Nous devrions être ouverts à ce que Dieu utilise un orateur chrétien pour dévoiler nos cœurs. Eteindre l’Esprit aujourd’hui, c’est ignorer la Parole de Dieu prêchée ou lue qui devrait vivifier notre conscience, ou nous opposer à des ministères qui révèlent nos dérapages moraux à la lumière de la volonté révélée de Dieu[23]. »

J’ai été touché par le témoignage d’un homme d’affaires aujourd’hui directeur mondial de l’Association pour l’Evangélisation des Enfants. Chaque dimanche, il arrêtait sa voiture à mi-chemin entre son domicile et l’Eglise pour prier que Dieu ouvre son cœur et celui de sa famille, afin qu’ils reçoivent une pleine mesure de sa Parole lors du culte. Quelle puissance de l’Esprit se déverserait sur nos communautés si nous nous ouvrions plus humblement à l’exhortation, la correction, l’encouragement de l’Esprit le dimanche !

Marchez par l’Esprit (Ga 5.16)

« Je dis donc : Marchez par l’Esprit, et vous n’accomplirez point les désirs de la chair. » Ce commandement s’accompagne d’une belle promesse. Le « donc » nous renvoie à ce qui précède : une longue série d’impératifs qui centrent l’éthique chrétienne sur l’amour du prochain. Le verbe « marchez » a une connotation très vétérotestamentaire (cf. Ps 1.1), voire rabbinique (cf. halakhah qui dérive du verbe marcher, et qui indique « la voie que doit suivre le peuple juif »[24]). Gordon Fee nous livre une excellente interprétation de ce verset :

« Comme il a été noté en 3.3, vivre « selon la chair », c’est vivre en gardant les valeurs et les désirs de la vie du présent âge qui est pourtant en pleine opposition à Dieu et à ses voies. Ainsi, les contrastes ultimes chez Paul sont eschatologiques : la vie ‘selon la chair’, vécue selon le siècle présent qui a été condamné par la croix et qui ne demeurera pas, ou la vie ‘selon l’Esprit’, vécue en gardant les valeurs et les normes de l’âge à venir, âge inauguré par Christ par sa mort et sa résurrection, et rendue puissante par l’Esprit eschatologique. […]

Et cela se présente sous forme d’un impératif, non comme un indicatif passif. La vie par l’Esprit n’est pas une soumission passive à l’Esprit pour qu’il fasse une œuvre surnaturelle dans la vie de quelqu’un. Plutôt, elle requiert un effort conscient, afin que l’Esprit accomplisse son œuvre en lui. […] Les gens de l’Esprit marchent selon un rythme différent, et l’Esprit les rend capables de vivre d’une telle manière que leur vie démontre ce fait : leur comportement est d’un ordre moral manifestement différent de leur ancienne manière de vivre[25]. » 

N’attristez pas l’Esprit (Ep 4.30)

Le contexte ici est dédié aux relations humaines dans l’Eglise : pas de parole malsaine, mais des paroles édifiantes, qui communiquent une grâce… pas d’amertume, de colère, de clameur… Et au milieu se trouve notre impératif : « n’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu ». Comment Dieu pourrait-il réellement s’attrister a troublé plus d’un[26]. Mais nous avons là une réalité finalement assez proche de la conviction de péché pour le monde que nous avons vue avec Jean 17. J’ai parfois vécu ce poids de la tristesse de l’Esprit. Cette conviction lancinante d’avoir offensé Dieu. C’est probablement cela, la correction du Père dont parle Hébreux 12.7s. Graham Cole conclut son analyse ainsi :

« Attrister l’Esprit peut être une triste réalité, à la fois de la congrégation et de la vie individuelle. Cette idée paulinienne ne doit pas être évincée comme une simple anthropopathie. […] Nous attristons l’Esprit lorsqu’il existe une disparité morale entre ce que nous disons en tant que peuple de Dieu et ce que nous faisons. Je dis ‘nous’ parce que le commandement est au pluriel et vise une assemblée, et non un individu. Comment nous nous comportons les uns les autres dans le corps du Christ et dans le temple de l’Esprit est vraiment important pour Dieu[27]. »

Soyez remplis de l’Esprit (Ep 5.18)

C’est le plus connu des commandements liés au Saint-Esprit. « Ne vous enivrez pas de vin : c’est de la débauche. Mais soyez remplis de l’Esprit. » Le contraste révèle qu’il ne s’agit pas de « remplissage » mais de contrôle. L’homme ivre ne sait plus ce qu’il fait, or rien ne doit faire perdre le contrôle de l’individu – seul l’Esprit doit diriger.

Le verbe « remplir » est un impératif présent passif, 2e personne du pluriel. Il pourrait légitiment être traduit par « laissez-vous continuellement remplir/contrôler par l’Esprit ». Comme si l’accent était placé sur la volonté de Dieu de remplir/contrôler, mais que nous pouvions empêcher son intention. Comment ? Le contexte explicite du culte public des versets suivants (« entretenez-vous par des psaumes… »), associé au pluriel de l’impératif nous impose un cadre ecclésial plus qu’individuel. Cole résume correctement la portée de cet impératif :

« Le commandement d’être rempli par l’Esprit s’adresse à l’assemblée, non à des individus. C’est une erreur de prendre ce commandement et de lire le livre des Actes à sa lumière pour maintenir que si nous obéissons aux commandements, nous aurons alors le type d’expériences qui caractérise le livre des Actes : puissance, joie etc. A cela s’ajoute l’erreur de spécifier des conditions nécessaires pour être rempli par l’Esprit selon Ephésiens 5.18. Dieu n’offre aucun programme en 12 étapes pour l’individu. Ephésiens 5.17-21 met plutôt devant nous le défi de repenser à la qualité de notre vie d’Eglise. La vie de l’assemblée est centrée sur Dieu et sur les uns et les autres. Pour qu’une assemblée soit remplie de l’Esprit, cela exige à la fois des attitudes (gratitude, révérence) et des activités (discours, chants, soumission). Le rassemblement chrétien n’est ni un concert d’amusement chrétien, ni une version contemporaine de l’école de Tyrannus où nous nous rassemblons pour entendre une leçon biblique […]. Plutôt, c’est le temple du Dieu vivant. Christ est mort pour rien de moins[28]. » 

Conclusion

Ainsi,

  1. Le Saint-Esprit est donné pour accompagner le chrétien, le défendre et lui apporter son secours devant les diverses adversités inhérentes à la vie d’un disciple engagé. En particulier, il l’équipera pour le service.
  2. Le Saint-Esprit va utiliser sa Parole et ses enfants pour engendrer dans le cœur du non-croyant les convictions qui le conduiront à la repentance.
  3. Le Saint-Esprit appliquera tout le bénéfice de la rédemption acquise par le Christ à la croix : sceau, régénération, baptême, etc.
  4. Le disciple commence une vie en Christ par l’Esprit et pour la gloire du Père, avec ses frères et sœurs, membres du Corps du Christ. Il devra croître en Christ, en communion avec l’Esprit, développer des fruits et des ministères. L’influence de l’Esprit pourra être plus ou moins vive dans la vie du disciple…

Dans sa souveraineté, l’Esprit agira comme il lui plaît pour accorder de l’assurance dans la proclamation de l’Evangile (Ac 4.31) ; de la force au milieu de la persécution (Ac 7.55) ; le fruit de l’Esprit pour régaler ceux qui entourent ses enfants (Ga 5.22) ; les dons de l’Esprit qui édifient ceux qui l’entourent (1 Co 12.7s) – et bien d’autres choses encore.


Article initalement publié par “La revue réformée

[1] W. Grudem, Théologie Systématique, Excelsis, 715-716.

[2] Si nous partageons le point de vue de Romerowski selon lequel ces chapitres s’adressent essentiellement aux apôtres [S. Romerowski, L’œuvre du Saint-Esprit dans l’histoire du salut, Excelsis, 212], l’Eglise en prolonge l’action en observant et s’appropriant ce que l’Esprit annonce réaliser durablement.

[3] L’autre passage se trouve en Joël, bien connu pour être cité en Actes 2.

[4] La personne et l’œuvre de l’Esprit, Emmaüs, 30-31

[5] S. Romerowski, op. cit., 207

[6] Recension de D.A. Carson, Théologie Evangélique, Vol 5. N° 3, 2006, 308.

[7] G.A. Cole, He Who Gives Life, John Feinberg s. dir., Fondations of Evangelical Theology, Crossway, 2007, 144-145.

[8] R.E. Brown, The Gospel According to John [2 vols. ; AB; Garden City, NY : Doubleday, 1966] 2.711) in J. Aloisi, « the paraclete’s ministry of conviction: another look at John 16:8-11 » JETS 47/1 (Mars 2004) 55. D.A. Carson reprend les 6 interprétations principales dans son commentaire, The Gospel According to Jesus, The Pillar NT Commentary, Eerdmans, 1991.

[9] Carson, John, 537-538.

[10] Jésus est maître pour éclairer le nœud du problème – péché/justice/jugement incompris – chez ceux qui lui posaient des questions orientées Lc 18.18-19, 20-23 ; Mt 22.6-22 ; Jn 4.7-26.

[11] H. Blocher relève que la métaphore du baptême de l’Esprit souligne l’abondance, l’étendue de son œuvre dans le cœur de celui qui se convertit, et l’union des rachetés en en seul corps. La doctrine du péché et de la rédemption, Edifac, 243.

[12] L’Article 6 de la Confession de foi des Assemblées de Dieu : « Nous croyons que le baptême dans l’Esprit Saint est une promesse pour les chrétiens de tous les siècles ; il est donné par le Père et le Fils, et il est manifesté par le parler en langues comme au jour de la Pentecôte, selon le récit du Nouveau Testament. Nous croyons que le baptême dans le Saint-Esprit est une grâce qui édifie l’Eglise dans sa piété, et lui donne une force pour sa mission : annoncer l’Evangile à toutes les nations. »

[13] Les arguments principaux favorables à cette thèse proviennent essentiellement de la conversion/pentecôte des apôtres et la conversion des Samaritains en Actes 8. Cf. F. Varak, La foi charismatique, Editions Clé, 52-53.

[14] G.D. Fee, God’s Empowering Presence, Hendriksen, 1994 (réédité en 2009 chez Bake), 181.

[15] I. Satyavrata, Le Saint-Esprit, Farel, 2009, 133-141.

[16] Dont les contours peuvent varier encore !

[17] J’ai le souvenir désagréable de jeunes de notre Eglise partis en mission avec des personnes charismatiques mal (r)enseignées qui n’ont cessé de souligner ce que nous « n’avions pas ». La conversation avait eu une conclusion du plus mauvais genre : « Certes, nous irons tous au ciel, mais nous prenons l’ascenseur, vous l’escalier. » Une profonde atteinte à la suffisance du Christ en qui nous avons tout pleinement (Col 2.10), sans qu’il ne manque d’expérience mystique, extatique, ascétique – ou d’un quelque -tique supplémentaire…

[18] C’est tout le sujet du livre de ce pasteur du XVIIe siècle, Flavel, Il parlera de Christ, Europresse.

[19] Je pense aux ouvrages de Benny Hinn par exemple.

[20] Il n’en existe qu’un seul autre dans le NT, en Jean 20.22. Par un souffle symbolique précédé de l’impératif « recevez l’Esprit », Jésus mandate les apôtres à le représenter dorénavant, notamment dans la proclamation du pardon des péchés. Comme le souligne S. Ferguson : « A l’intérieur du cadre johannique, la venue de l’Esprit dépend de l’ascension du Christ et de son exaltation (Jn 14.16-17, 16.7). Un peu plus tôt, ce même jour de la résurrection, Jésus avait indiqué à Marie que l’ascension n’avait pas encore eu lieu (Jn 20.17). Ce serait une incohérence étonnante de la pensée de Jean si, dans le même chapitre, il décrivait, au travers des événements de la soirée, l’envoi de l’Esprit promis » S. Ferguson, L’Esprit saint, Excelsis, 70.

[21] Son commentaire sur 1 Thessaloniciens, 5.19, 51.

[22] R.L . Thomas, « 1 Thessalonicians » Expositor’s Bible Commentary, Vol 11, Grand Rapids, Zondervan, 1974, 292. Egalement F. Bassin, Les épîtres de Paul aux Thessaloniciens, Edifac, 172.

[23] G.A. Cole, Engaging with the Holy Spirit, IVP, 2007, 107.

[24] Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme, Cerf/Robert Laffont, 412.

[25] G.D. Fee, God’s Empowering Presence, Hendrickson, 1994. 431, 433, 434.

[26] Comment un Dieu immuable et omniscient peut-il réellement expérimenter des variations dans ses émotions ? Il existe des réponses hérétiques (la théologie du process, et sa version évangélique le théisme ouvert, critiqué par P. Enns, Introduction à la Théologie, Editions Clé, 212-219, ou par un traitement plus docte de W. Grudem, Théologie Systématique, 161-165). Certains répondent en évoquant une anthropopathie : pour se faire comprendre, Dieu emprunterait notre expérience sans que cela soit une réalité. Piste dangereuse toutefois, car nous pourrions alors réduire d’autres réactions / expressions de Dieu, tel que son amour, à une non-réalité. D’autres répondent en distinguant le choix éthique et libre de Dieu de manifester une certaine réalité émotionnelle. Dieu choisit d’être en colère, d’être attristé – il ne l’expérimente pas. Peut-être que la bonne piste est de voir un Dieu ‘passionnément impassible’ ! Pour imager, nous pourrions considérer que Dieu émet toujours et en toute direction des rayons différents : il est toujours en colère contre le péché, il est toujours plein d’amour, il est toujours attristé par le péché de ses enfants. Et chaque fois qu’un individu change, il se place dans l’axe d’une des émotions du Créateur. Ce n’est pas Dieu qui change, mais c’est nous qui passons du rayon lumineux de son approbation à celui de sa tristesse. Toute image a ses limites, bien entendu !

[27] Cole, Engaging, 107.

[28] Cole, ibid., 124.