« Accorde-nous, lui dirent-ils, d’être assis l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, quand tu seras dans ta gloire. » (Marc 10:37)

De tout temps, et particulièrement dans notre monde capitalisme de plus en plus individualiste, l’ambition est la norme raisonnable afin de gravir les échelons professionnels. Elle est synonyme de liberté et va même jusqu’à définir une forme de sélection naturelle, c’est l’indicateur de la force vitale afin d’exprimer le meneur alpha intérieur et porter l’individu au niveau supérieur. Souvent, les moyens de parvenir aux hautes sphères du pouvoir sont comparables beaucoup plus à un combat de boxe qu’a une saine course. C’est la loi de la jungle où les humains deviennent prédateurs les uns envers les autres.

En réaction, l’Église voit souvent l’ambition comme une part immanente de l’orgueil. Un ambitieux devient une personne qui désire le pouvoir afin d’être au-dessus et de s’assurer le contrôle. Les aspirations et les espoirs de diriger sont irrévocablement engrangés dans les oubliettes afin de laisser l’humilité et l’attirance vers les petites choses devenir la norme. À première vue, les deux interprétations sont irréconciliables. Pourtant la Bible ouvre la porte à une ambition bénéfique. C’est possible d’être chrétien, de viser l’humilité et de désirer le leadership. C’est possible d’aspirer même à la direction dans l’Église, mais à certaines conditions.

Une saine ambition

Le désir du leadership est souvent vu au travers les lunettes d’un christianisme dépersonnalisé, influencé par un abandon monastique de tous désirs et passions individuels. Comme dans notre exemple des deux frères qui désiraient avoir les places de choix autour du Seigneur lors de son retour. Jean et Jacques deviennent pour ceux que l’ambition rebute, les exemples à ne pas suivre afin de reprendre ceux qui aspirent aux responsabilités. Pourtant, Jésus ne les reprend aucunement sur leurs ambitions. Il leur fixe plutôt certaines conditions. De même, « Cette parole est certaine : si quelqu’un aspire à la charge de responsable, c’est une belle tâche qu’il désire » (1 Timothée 3:1). nous confirme que l’aspiration aux tâches de leadership est en fait belle et excellente, désirer le leadership est honorable et aucunement néfaste.

Viser la bonne identité

« Jésus leur répondit : vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire, ou être baptisés du baptême dont je dois être baptisé ? Nous le pouvons, dirent-ils. » (Marc 10:38)

Diriger l’Église, c’est diriger des êtres humains, être à la tête d’un organisme qui a déjà une tête : Christ.  Voir le résultat concret et mettre une couleur aux efforts que nous mettons dans l’Église peut facilement amener notre nature charnelle à croire qu’elle est la source et la puissance des réalisations alors que l’architecte et la source sont une seule et même personne : Jésus-Christ.  C’est Lui qui construit SON Église. Un ami missionnaire en Afrique me disait, après près de quarante ans de service  : « C’est fou tout ce que nous pouvons réaliser par la chair ».   En effet, sans les arrêts obligatoires au pied de la tête de l’Église, nous tombons facilement et naturellement dans une avidité, une convoitise et une cupidité édulcorées et teintées d’une abondance de bonnes intentions, mais sans aucune puissance réelle. 

Le leader ambitieux a l’ambition de voir Jésus accomplir son œuvre.

Le leader ambitieux a l’ambition de voir Jésus accomplir son œuvre. Il canalise ses aspirations, son appel et ses désirs de meneur vers le meneur des meneurs.  Il vise la bonne identité : Christ en lui qui Lui, fait le travail.  

Payer le bon prix

Laisser à Jésus toute la place ne signifie pas se déresponsabiliser ou enlever toute initiative personnelle, mais bien l’opposé. Laisser à Jésus toute la place exige une circonspection de tous les instants, du temps au service de son église et l’abandon des désirs charnels qui font la guerre à l’âme. Il y a une coupe à boire, une immersion totale et un prix à payer dans le leadership chrétien. La coupe de la souffrance et de la mort à soi-même est à la base de l’exemple de Christ qui s’est donné pour ses brebis. Une coupe qui peut sembler amère aux mercenaires, mais dont l’impact est éternel et dont la saveur réelle est indescriptible pour ceux qui la boivent en entier.  

Il y a une immersion complète à vivre en tant que leader. On ne peut être leader partiel dans l’Église de Jésus-Christ, c’est une vocation et un appel. Pas de place pour les leaders arrivistes, improvisés ou les autoproclamés. C’est Christ qui fait des dons à son Église, les ressources humaines au volet spirituel éternel. Son appel est irrévocable, il est périlleux d’y résister (Romains 11 :29, Actes 9 :5).

Ce sacrifice, cette coupe et ce baptême ne sont digestibles qu’avec la perspective de toute la richesse glorieuse qui s’attache à notre appel : corps glorifié, vie éternelle, résurrection dans la présence infinie du Seigneur, plus de larmes ni de pleurs. Les promesses de Dieu font basculer l’appel du sacrifice au service et assurent au leader chrétien de payer un prix, non celui que nous sommes enclins à payer, mais celui que Christ nous propose : le bon, l’accessible et celui qui engendre la joie.

Une soumission bien dirigée

« …mais pour ce qui est d’être assis à ma droite ou à ma gauche, cela ne dépend pas de moi, et ne sera donné qu’à ceux à qui cela est réservé. » (Marc 10:40)

Le leadership n’est pas un poste à ravir, mais plutôt une vocation à remplir. 

On peut aspirer de tout son être au leadership, mais finalement, celui qui amène l’engagement à son apogée, c’est la tête même : Christ.  Il sait mieux que quiconque de quoi nous sommes faits, et surtout, la place qui nous convient dans son corps, là où nous pourrons contribuer à l’accroissement et au perfectionnement de l’Église au mieux de nos capacités. Le leadership n’est pas un poste à ravir, mais plutôt une vocation à remplir. Elle commence avec le désir de servir et s’accomplit dans la reconnaissance de l’Église, c’est l’ambition révélée au travers des aspirations liées à son appel, une œuvre excellente.


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