Cette petite phrase, maladroite, d’Emmanuel Macron a été largement commentée et décriée dans les médias. La pensée n’est pas nouvelle. Aristote affirmait déjà : « La nature même fait les corps des hommes libres différents de ceux des esclaves… »

Il en déduisait que certains sont nés pour être esclaves, tandis que d’autres, plus capables de raisonnements évolués, peuvent être libres : « Il est évident que certains sont naturellement libres et les autres naturellement esclaves, et que, pour ces derniers, l’esclavage est utile autant qu’il est juste. »1

L’esclavage, et donc la perte de tous ses droits en tant qu’être humain, est ainsi justifié et même encouragé sur des considérations d’apparence physique et de prétendues aptitudes. Plus près de nous, le XXe siècle a vu bon nombre de massacres et exterminations d’êtres humains sous le prétexte qu’ils appartenaient à une race inférieure.

Au cours de la seconde partie du XXe siècle, le philosophe américain John Rawls a tenté de définir une société qui réponde à un idéal de justice pour tous les êtres humains. Il a toutefois dû faire une exception, puisque certaines personnes ne peuvent entrer dans sa théorie :

Il s’agit des « cas les plus extrêmes des personnes affligées de handicaps si graves qu’elles ne pourront jamais être des membres normaux et actifs de la coopération sociale. »2

Cette exception implique de fait que les êtres humains n’ont pas tous la même valeur et les mêmes droits. Elle est même particulièrement dangereuse, car elle ouvre une brèche qui peut conduire à toutes les dérives possibles puisque l’être humain n’a de valeur qu’en fonction de sa place dans la société. Emmanuel Macron est ainsi en bonne compagnie.

La pensée chrétienne est toute autre. La création de l’être humain « en image de Dieu » (Genèse 1.26-27) donne à chaque personne une valeur intrinsèque inaliénable, indépendamment de ses croyances, sa nationalité ou ses aptitudes. Grudem résume ainsi cette vérité :

« Tout être humain, peu importe à quel point en lui l’image de Dieu est affectée par le péché, la maladie, la faiblesse, l’âge ou tout autre handicap, conserve le statut de créature à l’image de Dieu et doit par conséquent être traité avec la dignité et le respect qui lui sont dus en tant que porteur de l’image de Dieu »3

Seule la foi chrétienne peut justifier l’existence de droits pour tous les êtres humains, sans exception, à cause de leur nature même. Si le fondement disparaît, il ne reste que des droits de l’homme qui ne s’appliquent qu’à certains individus, selon des critères fluctuants.

L’ÉGLISE a un témoignage important à rendre en défendant la dignité de tout être humain, de sa conception à sa mort, en refusant tout compromis sous peine de voir les exceptions se multiplier.

Ce témoignage ne se rend pas uniquement dans les grandes questions de société, mais aussi dans le quotidien, dans les rencontres D’ÉGLISE ou dans la vie quotidienne :

  • Dans notre regard porté sur les personnes différentes, les étrangers, les handicapés…

  • Dans l’accueil de chacun lors de nos rencontres D’ÉGLISE, y compris, si le cas se présente, des réfugiés, des personnes prostituées…

  • Dans le soin apporté aux personnes âgées en maison de retraite ou chez elles. L’investissement auprès de la jeunesse est nécessaire, mais comment nous occupons-nous des personnes qui ne sont plus « productives » pour L'ÉGLISE ?

J’écris ces lignes en reconnaissant que si Dieu n’agit pas en moi pour me transformer par son Esprit, je suis incapable d’aimer chaque personne et que je peux très facilement classer les personnes en différentes catégories sans même m’en rendre compte.

Le livre des Proverbes nous rappelle pourtant la valeur de chaque personne : « Qui opprime le faible outrage celui qui le fait ; qui fait grâce au pauvre le glorifie. » (Pr 14.31)

Notre manière de traiter chaque être humain, y compris le plus défavorisé, est un acte d’adoration… ou de rébellion face à son Créateur. C’est aussi un puissant témoignage dans ce monde.


1 ARISTOTE, La Politique, II, 13,15, cité par Tim KELLER avec Katherine LEARY ALSDORF, Dieu dans mon travail, Ourania, 2016, p. 250.

2 John RAWLS, La justice comme équité. Une reformulation de Théorie de la justice, La Découverte, 20031, 20082, p. 232.

3 Wayne GRUDEM, Théologie Systématique, Excelsis, 2010, p. 491.

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