Depuis le 2 août, l’humanité vit à crédit. Cette courte phrase a fait tous les titres des journaux. Ou du moins elle a fait le titre d’articles dans tous les journaux : de Libération, à 20 minute, en passant par Le Monde, Le Figaro ou Le Point ; nous vivons à crédit. Mais envers qui sommes-nous débiteurs depuis plusieurs semaines ? La terre. Nous consommons depuis le 2 août plus que ce que la terre peut produire. Nous avons « consommé la terre » en un temps qui se raccourcit d’année en année.

Si vous lisez les journaux, c’est à peu près la seule conclusion à laquelle vous arriverez. Vous n’en saurez pas vraiment beaucoup plus. Un journaliste un tout petit peu informé indiquera que cette conclusion provient d’une comparaison entre la biocapacité d’un pays ou d’une ville (intégrant comme facteur majeur sa « surface agricole utile », SAU) et sa consommation, elle-même ramenée à une superficie. Et c’est en faisant le rapport entre ces deux chiffres que le « Global Footprint Network » annonce tous les ans le « Overshoot Day », le jour après lequel nous consommons à crédit.

Soin de la terre et discernement

Un tel projet semblerait a priori relever du soin de la terre en nous rappelant que cette dernière ne contient pas des ressources inépuisables. Cela nous rappelle aussi que notre consommation tend à augmenter en des proportions inquiétantes. Et cependant, malgré ces rappels nécessaires, des questions se posent. En fait, une seule question se pose. C’est celle du discernement et du scepticisme responsable qui ne doute pas par cynisme, mais par intérêt. La théologie chrétienne se doit d’appuyer la nécessité du soin de la terre, elle qui appartient à Dieu seule, elle et tout ce qu’elle renferme (Psaume 24.1).

Mais nous devons aussi nous montrer prudents, sages, et ne pas accepter sans connaissance. La culture dans laquelle nous vivons se nourrit d’apparences et de superficialité, y compris sur des sujets majeurs. Ceux qui professent foi en Christ, Seigneur de l’univers, ne peuvent être à cette image. Revenons à notre sujet. Le calcul de l’empreinte écologique est-il possible ? Formulé dès le début des années 1990 par un professeur et un étudiant de la très sérieuse université de Colombie britannique, le calcul de l’empreinte écologique a reçu de vives critiques de la part d’autres organisations. Le « think-tank Breakthrough Institute » conclut par exemple que les approximations dans le calcul de l’empreinte écologique rendent ces informations inutiles. Il semblerait de plus que le calcul de l’empreinte écologique ne soit que d’une utilité minime pour nous aider à identifier les vrais problèmes ainsi que pour trouver des solutions viables à long terme.

Faut-il douter de l’utilité de cette empreinte écologique ? Certains en doutent. La plupart des journaux ne vous en parleront pas, exception faite du Monde, qui parle de l’empreinte écologique comme d’un indicateur « imparfait mais pertinent ». Il nous faut en tous cas être renseignés. Faut-il douter de ce que les conditions environnementales sont sérieuses ? À mon sens, non. Et c’est là que les chrétiens ne doivent pas tomber dans la démagogie courante en ce moment. Douter de l’utilité de l’empreinte écologique ne signifie pas désintérêt pour le soin de la terre. Prenons garde aux caricatures, et aux simplifications qui nous feraient oublier que nous devons en toutes choses être transformés par l’Esprit. Y compris dans notre mandat créationnel !

Du discernement à l’écothéologie

Car c’est bien de cela dont il s’agit, finalement. Ces articles que vous aurez peut-être ignorés, étant en vacances, nous ramènent vers la nécessité de penser aux implications environnementales de notre foi. Ce n’est pas une chose nouvelle. Il y a de nombreuses ressources sur le sujet, y compris dans le monde évangélique. Mais en pratique, que faire ? C’est la grande faiblesse du « Global Footprint Network ». Ou du moins de celle de l’empreinte écologique. Quels sont les problèmes dans notre pratique de cultivation à grande échelle ? Quelles sont les options pour maintenir une économie stable et écologiquement responsable ? Ces questions sont d’une grande complexité car elles mettent en dialogue divers domaines socio-économiques. C’est pourtant nécessaire, car parler d’écothéologie n’aura pas une grande pertinence pratique dans la considération de ces questions.

Plus particulièrement pour nous, certains domaines de réflexion théologique sont toujours grand ouverts. Les interactions entre divers champs de notre théologie demandent par exemple plus une grande réflexion. Je ne donnerai ici qu’un bref exemple. La missiologie contemporaine a mis l’accent sur la mission urbaine. Pour de bonnes et de moins bonnes raisons. C’est en tous cas dans l’air du temps. L’accent est à la mobilisation urbaine, suivant en cela le mouvement de croissance urbaine toujours continu. De l’autre côté, nous avons notre souci pour l’environnement. Et il y a ici un domaine à explorer. Si nous décidions de ramener à un pur quotient d’empreinte écologique, vivre en ville serait-il plus « vert » que vivre dans un monde péri-urbain ou rural ? Les conclusions sont mixtes. Vivre en ville suppose moins d’empreinte carbone pour se déplacer que si vous habitez à la campagne. Et pourtant, sans campagne, pas de cultivation de terres agricoles. Faut-il alors continuer à promouvoir sans réflexion critique la vie urbaine ? Faut-il réfléchir à une meilleure articulation entre les zones urbaines et rurales, ce qui reflèterait une dimension globale de notre mandat créationnel ? Faut-il développer une théologie de l’occupation de la terre ? Y a-t-il une manière de réfléchir à cette interaction qui s’appuie distinctement sur notre foi ? Je suis personnellement convaincu que c’est le cas.

La missiologie, l’éthique, l’apologétique (notamment dans l'utilisation critique des sciences humaines) et les sciences bibliques ont ici un domaine largement inexploré, du moins dans le milieu évangélique.

Poursuivre le mandat créationnel

Les articles que nous lisons dans les journaux font sensation un jour ou deux. Une semaine peut-être, jusqu’au prochain drame sensationnel qui noiera nos émotions. C’est un drame que de voir qu’un sujet aussi important que le soin de la terre soit soumis aux aléas de la vie médiatique. L'attitude chrétienne peut faire la différence. Tout d’abord, montrons que le mandat créationnel n’est pas un souci ponctuel, une ou deux fois par an, mais constant, parce que la terre appartient à Dieu. Ensuite, montrons que nous essayons de trouver des manières de vivre plus responsables. Enfin, montrons que nous faisons tout cela parce que nous vivons sous le regard et la seigneurie de celui qui nous donne la vie, le mouvement et l’être, Le Créateur à l’image de qui nous voulons être transformés chaque jour.


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