Un lecteur de Évangile 21 a posé la question suivante : Je crois que l'hérédité du péché est une doctrine biblique liée à la chute et au péché originel. Mais que penser de certains groupes évangéliques qui mettent l'accent sur les péchés des pères ? Bien qu'ils ne conditionnent pas le salut à cette doctrine, ils la considèrent néanmoins comme nécessaire à la sanctification. Connaissez-vous cette tendance et en connaissez-vous l'origine ? Cette conception est-elle scripturaire ?

Le texte principal

La relation entre le comportement d’un père et la vie de ses descendants vient directement du deuxième des dix commandements : « Tu ne te prosterneras pas devant [les idoles], et tu ne leur rendras pas de culte ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et à la quatrième (génération) de ceux qui me haïssent, et qui use de bienveillance jusqu’à mille (générations) envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements » (Exode 20.5-6, cf. Dt 5.9-10, Ex 34.5-7)

Qu’en faire ? 

Faut-il comprendre que les enfants « payeront » pour le comportement coupable de leurs ancêtres ? Doivent-ils « confesser » ou « dénoncer » ces fautes, réaliser des arbres généalogiques, enquêter sur le comportement (notamment en lien avec l’occultisme), recenser des malédictions ? Doivent-ils confronter les pères pour leurs péchés et leurs malheurs ?

Oui, une chaîne certaine 

1) Je suis un fils d’Adam. Adam a entraîné l’humanité (Rm 5.12-14). Je suis né séparé de Dieu (Rm 3.23), avec une nature opposée à Dieu (Ep 2.1-3). C’est sa faute – mais j’ai bien confirmé que j’étais son fils !

2) L’alliance mosaïque est davantage collective. C’est une différence entre l’Eglise et Israël qu’il ne faut ni trop accentuer ni minimiser. C’est ainsi que toute la famille d’Achan périt avec son crime (Jos 7) quand cette préoccupation est étrangère au jugement d’Ananias et Saphira (Ac 5). 

3) J’ai beaucoup hérité de mes parents. Pierre parle « de la vaine manière de vivre, héritée de vos pères » (1 P 1.18). Les émotions de notre enfance, les souffrances de la vie et leur gestion, les exemples et les fautes forment une influence extraordinairement puissante. Jésus fait froid dans le dos quand il écrit de ne pas être une occasion de chute pour le plus petit des enfants croyants (Mt 18.6) et Paul demande aux pères de ne pas irriter leurs enfants (Ep 6.4). Certaines fautes sont comme indélébiles sur la mémoire d’une famille et forment des exemples redoutables qui peuvent être contagieux : suicide, violence, divorce, pédophilie. 

4) Le rejet de la foi peut être terrible sur les enfants. Michée reproche aux pères d’ôter pour toujours à leurs enfants « la gloire d’être à moi » (Michée 2.9). C’est dire l’influence spirituelle dévastatrice d’un père sur les générations à venir. 

Par observation, et par imitation, Dieu fait peser le poids des fautes des pères. D’ailleurs, 3 ou 4 générations, c’est le temps de l’influence d’une vie : un homme peut voir / influencer jusqu’à quatre générations. 

Non, pas de punition « générationnelle »

1) La loi met en avant la responsabilité individuelle associée de conséquences personnelles. « On ne fera pas mourir les pères pour les fils, et l’on ne fera pas mourir les fils pour les pères ; on fera mourir chacun pour son péché » nous rappelle Deutéronome 24.16, dont s’inspirera le roi Amatsia (2 Rois 14.6). 

2) Ezéchiel interdit ce fatalisme irresponsable. Il faut lire tout le chapitre 18, car il est explicite sur la question. Il est difficile de ne pas y voir (déjà !) un correctif de cette tendance qui consiste à blâmer ses parents pour ses actes. Extraits : 

2 Qu’avez-vous à dire ce proverbe sur la terre d’Israël : Les pères mangent des raisins verts, et les dents des enfants sont agacées ? 3 Je suis vivant ! – oracle du Seigneur, l’Éternel –, vous n’aurez plus lieu de dire ce proverbe en Israël. 4 Voici : toutes les âmes sont à moi ; l’âme du fils comme l’âme du père, l’une et l’autre sont à moi ; l’âme qui pèche est celle qui mourra. […] 20 L’âme qui pèche, c’est celle qui mourra. Un fils ne supportera pas le poids de la faute de son père, et un père ne supportera pas le poids de la faute de son fils. La justice du juste sera sur lui, et la méchanceté du méchant sera sur lui. 

30 C’est pourquoi je vous jugerai chacun selon ses voies […] 32 Car je ne désire pas la mort de celui qui meurt, – oracle du Seigneur, l’Éternel. Convertissez-vous donc et vivez. 

Oui, il peut être utile d’y réfléchir

1) Prendre conscience. C’est éclairant de comprendre les modèles familiaux qui nous ont forgés. Ce n’est pas une fatalité, mais l’opportunité de se repentir de ce que nous avons tendance à imiter et chercher le renouveau de l’Esprit. 

2) Dénoncer le mensonge et se revêtir de vérité. Le diable, père du mensonge, est malin pour nous faire croire plein de choses incroyables ! Et notamment pour nous enfermer dans ce schéma : ‘tes pères me servaient, je ne te lâcherai pas !’ En Christ, tout est nouveau (2 Co 5.17, Col 1.12s) et il faut l’imposer au diable (Jc 4.7, Ep 6.12s)

Nous avons raison de prier pour confier nos parents (encore vivants) entre les mains de Dieu, les bénissant même s’ils ont maudit. De prier pour la bénédiction de Dieu sur nos enfants, même si le diable voudrait les accaparer. De cheminer dans la foi que Dieu est plus puissant que le péché et les forces du mal qui se sont manifestés dans une famille. 

Non, la rédemption est essentiellement visée 

Nous sommes surtout invités à aimer Dieu pour influencer des milliers de générations. 

1) La balance pèse en faveur des 1000 générations ! Concentrer notre regard sur le péché des pères loupe l’essentiel de cette loi. Dieu encourage son peuple à l’aimer en annonçant surtout une bénédiction extravagante (40 000 années de fidélité !). C’est cet aspect que souligne Deut 7.9 sans reprendre la menace. 

2) Ces pères haïssent Dieu. Ils préfèrent leurs idoles au Seigneur de l’alliance qui les libère de l’esclavage (Ex 20.2). Ils ne « l’aiment » pas, ne lui sont pas fidèles et ne cherchent pas à l’honorer. Ils n’ont en rien circoncis leur cœur (Dt 10.16 et 30.6).  Ce n’est pas l’histoire d’un père qui fait de son mieux en Christ mais qui pèche parfois… 

3) Les jugements de Dieu s’associent toujours d’une main de grâce. Dieu a fait périr le monde par le déluge – il a sauvé Noé et les siens. Dieu a fait périr Sodome et Gomorrhe – il a sauvé Lot et les siens. Dieu a fait détruire Jéricho – il a sauvé Rahab et les siens. Quand bien même il voudrait condamner une famille – il sauvera ceux et celles qui placeront leur confiance en lui. 

L’Éternel est « lent à la colère et riche en bienveillance, il pardonne la faute et le crime ; mais il ne tient pas le coupable pour innocent, et il punit la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et la quatrième génération » (Nb 14.18). Il pardonne parce qu’un autre porte notre culpabilité (Gal 3.13, Rm 3.24-25, 2 Co 5.21). Nous avons été lavés, sanctifiés, justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu (1 Cor 6.11). Lui qui a nous a tant donné par grâce, laisserait-il le comportement d’un père souiller un si grand salut ? Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Christ Jésus notre Seigneur (Rm 8.38)

Les yeux ouverts sur les influences qui nous ont formatés, la confession ferme de notre foi dans la grâce qui nous est accordée, nous pouvons nous lamenter sur les péchés qui nous ont précédés et qui nous entourent. Nous pouvons intercéder que Dieu nous délivre de cette influence. Mais nous pouvons aussi nous réjouir calmement mais avec détermination qu’en Christ, toutes choses sont devenues nouvelles.


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