Question : La Bible présente des exemples de GPA au travers du récit d’Abraham et Sarah (Genèse 16.1-16) et de celui de Rachel et Jacob (Genèse 30.1-22). Peut-on en déduire que la Parole de Dieu justifie cette pratique comme le comprend Israël qui a légalisé la GPA en s'appuyant sur ces récits ?

Réponse :

Une question d’actualité. La question de la grossesse par autrui (GPA) faite suite à la reconnaissance en mai 2013 par la France du mariage de personnes de même sexe. En donnant légalement un statut de famille aux couples homosexuels se pose inévitablement la question de la parentalité pour ces couples. Revendiquant d’une part un droit à l’enfant au nom de la non discrimination mais obligé de constater d’autre part une incompatibilité biologique irréductible, la seule réponse envisageable en dehors de l’adoption est la GPA.

Définition. Mais qu’est ce que la GPA ? Une mère dite porteuse, met son corps à disposition pour héberger temporairement un enfant qui n’est pas le sien. Après l’accouchement, cette mère porteuse restitue l’enfant au couple commanditaire. Cet enfant a été conçu artificiellement par des techniques de procréation médicalement assistée (PMA). L’ovocyte n’est pas celui de la mère porteuse. Il est apporté par un don extérieur. Quant aux spermatozoïdes, soit il provient d’un des parents soit il provient d’un don de gamète.

Législation. La GPA est actuellement interdite en France, mais une circulaire ministérielle de 2013 demande la régularisation des enfants nés d’une GPA à l’étranger. La CEDH a sanctionnée la France en 2014 pour son refus de reconnaitre les enfants issus de telles pratiques, exerçant par là une pression supplémentaire sur le législateur, sans pour autant qu’un débat ait été explicitement ouvert au parlement français. Une prise de position sur ce sujet demande réflexion et analyse pour éviter toute réaction à l’emporte pièce ou une fausse neutralité.

Un exemple dans la Bible ? Il est intéressant de noter que cette problématique de la parentalité d’union infertile n’est pas propre à notre contexte contemporain puisque plusieurs passages bibliques peuvent être évoqués pour argumenter ce débat et nous aider à nous positionner dans cette problématique de GPA. Concentrons-nous sur l’exemple d’Abraham et de Sarah relaté dans la Genèse 16 (Les conclusions sont à peu près similaires pour l’exemple de Jacob et Rachel en Genèse 30). Je ferais quatre remarques :

  • Le témoignage d’un fait réel. La Bible ne relate pas ce que Dieu aurait voulu qu’il se passe mais ce qu’il s’est réellement passé. La Bible parle ainsi de meurtre prémédité (Caïn), d’ivresse aigue (Noé), d’adultère (David), de viol (Tamar), ou d’inceste (Juda). Pourquoi refuserions-nous de telles pratiques alors qu’elles sont nommées expressément dans la Bible et chercherions-nous à en justifier d’autres comme la GPA d’Abraham et de Sarah ? L’expérience de certain ne doit pas justifier nos normes mais nos normes doivent se baser sur ce que Dieu veut réellement pour nous.
  • Une expérience négative. L’initiative de GPA d’Abraham et de Sarah, reste une expérience au gout amer. Elle fut source de conflit dans le couple instigateur, source de provocation de la part de la mère porteuse, source de harcèlement de la part de la femme stérile, source d’abandon de la progéniture. Le moins que l’on puisse dire est que ce bilan n’est pas très encourageant pour recommander la GPA. Finalement, le seul aspect positif de cette expérience provient de la grâce divine rependue sur l’ensemble des protagonistes pour adoucir les séquelles de ce choix désastreux.
  • Ce que la Bible retient d’Abraham. Remarquez que cet épisode de la vie d’Abraham n’est jamais cité dans le NT a contrario de sa réponse pleine de confiance à l’appel de Dieu et à l’attente d’une descendance selon la promesse (Genèse 11 et Romains 5). La Bible met donc en avant la confiance d’Abraham en Dieu plutôt que cette expérience de GPA.
  • Conclusion. Nous devons toujours mettre en perspective les faits tels qu’ils sont relaté et les enseignements généraux, a fortiori très clairs, que la Bible apporte dans un domaine précis. Or cette expérience de GPA va à l’encontre de ce que la Bible enseigne sur la famille, les relations interpersonnelles ou l’éducation des enfants.

Le projet de Dieu pour la famille. Dès les premières lignes de la Bible (Genèse 2), nous découvrons que le projet de Dieu pour la famille est très précis et cohérent. Dans le projet de Dieu, la famille est constituée par un homme et une femme, tous deux crées à l’image de Dieu. Et en tant qu’image de Dieu, ils reçoivent par délégation le mandat et la capacité de procréer ; littéralement, « créer avec l’aide de ». Voilà ce que Dieu a posé comme base de la société humaine !

Relativité des repères établis. En choisissant la voie de l’indépendance de son créateur, l’être humain ne va cesser de tordre la volonté divine, visant un but qui n’était pas le but initial. Plus l’homme s’éloigne de Dieu, plus le champ du possible devient grand. Des incohérences en appellent d’autres. Dans une société perdant peu à peu les repères fixés par Dieu, tout devient envisageable.

Trouver une solution hors-cadre. Pourtant en légalisant les relations de personnes de même sexes au même titre que les couples hétérosexuels, l’homme se trouver confronté de manière insoluble aux règles biologiques immuables que Dieu a posé dans sa création. Pour faire un bébé, il faudra toujours un homme et une femme ! Face à cette impasse que l’humanité a elle-même crée en déplaçant les normes divines, elle utilise ces capacités techniques et intellectuelles pour développer des solutions alternatives de contournement.

Les autres problématiques liées à la GPA. Par ailleurs, pour répondre à cette question de GPA, on ne peut éviter les questions éthiques connexes telles que :

  • Le mariage des personnes de mêmes sexes. La GPA est majoritairement liée à la reconnaissance du mariage pour les couples de même sexe. Il existe pour la quasi-totalité des couples hétérosexuels infertile une solution de PMA hormis une atteinte de l’utérus de la femme.
  • Le statut de l’embryon. La PMA nécessite la constitution d’un nombre surnuméraire d’embryons qui sont ensuite détruit comme dans une Interruption Volontaire de Grossesse (IVG).
  • La marchandisation du corps. La mère porteuse touche une indemnité pour ce service, et qu’on le veuille ou non, ce type de prestation sera essentiellement effectué par des femmes en situations de précarité sociale, personnelle ou psychologique.
  • Le droit à l’enfant. La volonté d’un droit opposable à posséder un enfant transforme le statut de l’enfant en celui d’objet pour lequel on se donne tous les moyens pour arriver à ses fins.
  • Les conséquences psychologiques sur l’enfant. La GPA fait intervenir jusqu’à cinq parents pour procréer un enfant : 2 parents biologiques, 2 parents adoptifs, et 1 mère porteuse. Qui est le vrai père, la vraie mère ? Comment expliquer plus tard à l’enfant d’où il vient ?

Conclusion. Au termes de ces quelques lignes, il apparaît qu’on ne peut cautionner bibliquement, et éthiquement la GPA.


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