Le Nouveau Testament commence par l'histoire de deux grossesses. La question du déshonneur est présente dans les deux récits. Dans un cas, le déshonneur est enlevé ; dans l'autre, il est imposé. Mais dans chacune de ces deux histoires nous voyons des manifestations miraculeuses de la grâce étonnante de Dieu offrant le salut à tous les hommes.

Il y a d'abord Elisabeth, l'épouse du prêtre Zacharie (Luc 1.5-25). Bien qu'elle soit “d'un âge avancé” elle devient enceinte par une intervention miraculeuse de Dieu. Son fils devint Jean-Baptiste.

Bien naturellement, Elisabeth était heureuse. Donner naissance à un bébé alors qu'elle s'était résignée à ne jamais devenir mère, ayant attendu des années, peut-être des décennies, rend toute femme heureuse. Elle pouvait aussi se réjouir pour son mari, sachant que sa déception de ne pas être père allait devenir un vague souvenir.

Mais la joie d' Elisabeth était aussi en partie liée au fait que c'était une honte d'être sans enfant dans la culture juive de son temps.

La honte d'être sans enfant

(La matriarche) Rachel, femme de Jacob, était tellement peinée de ne pas avoir donné naissance à un enfant qu'elle dit à son mari « Donne-moi des enfants, ou je meurs » (Genèse 30.1). Le théologien du Nouveau Testament John Byron écrit : « Au niveau de la position sociale, une femme sans enfant dans la Bible hébraïque est classée parmi les méprisés, les pauvres, les démunis, les veuves (Job 24.21), contrastant avec la mère qui est bénie, joyeuse et riche d'enfants “.

Le mari n'était pas sans sa propre douleur, il était même perçu comme manquant à ses devoirs religieux. Il n'avait pas été «fructueux» ou «multiplié» (Genèse 1.28, 35.11). “Dans le même temps qu'être sans enfant était perçu comme un grand malheur pour les hommes comme pour les femmes”, écrit l'érudite juive Judith R. Baskin, “l' échec d'un mâle pour générer une progéniture était une violation d'une obligation de la loi, du fait que seuls les hommes étaient obligés d'avoir des enfants.”

Tel est le contexte d'Elisabeth lorsqu'elle proclame que, par son enfant, le Seigneur a enlevé “ce qui faisait sa honte parmi les hommes” (Luc 1.25). Pour elle, elle avait failli vis-à-vis de son mari, un homme d'importance, dont le devoir d'aider Israël à prospérer en donnant naissance à une progéniture n'avait pas été rempli. Ainsi, dans le cas d'Elisabeth, la honte a été enlevée. En reprenant les mots de David, Dieu avait “changé ses lamentations en allégresse” (Ps.30:12).

Déshonneur imposé

Ensuite, il y a Marie, la mère de Jésus. Dans son cas, la honte a été imposée. Elle allait se retrouver mère célibataire.

Elle était “fiancée” à Joseph (Luc 1.27), donc liée juridiquement à lui par un engagement la contraignant à vivre et créer une famille avec lui une fois faite la préparation appropriée (qui dure parfois plus d'un an). Pendant ce temps, en revanche, l'engagement juridique ne devait pas être consommé sexuellement. D'après l'Encyclopédie juive de 1906, ” le terme 'fiançailles' dans la loi juive ne doit pas être compris dans son sens moderne ; c'est-à-dire comme l'accord d'un homme et d'une femme désirant se marier, par lequel les parties ne sont pas liées définitivement toutefois, elles peuvent être brisées ou dissoutes sans divorce formel. Des fiançailles, ou un engagement tel que celui-là, ne se trouvent pas dans la Bible ni dans le Talmud “.

Joseph n'était pas bien sûr de ce qu'il devait faire avec la nouvelle que sa fiancée, vierge, était enceinte. Etant “un homme juste”, il comprenait la condamnation de la Torah de l'adultère comme péché (Deut. 22.20-24), mais en tant que mari promis aimant, il ne voulait pas voir Marie exposée à l'humiliation publique, la voir “exposée au déshonneur” (Matt 1.19).

Le terme grec pour “exposer au déshonneur” ou “déshonorée” signifie littéralement «faire un exemple». L'idée était que si Joseph répudiait Marie, elle serait gardée d'être désignée femme adultère, ce qui non seulement ruinerait probablement sa chance de ne jamais se marier, mais également la condamnerait à une vie d'isolement et, ce n'est pas exclu, de paupérisation. Ne sachant pas quoi faire, Joseph, en homme d'honneur et aimant, “résolut de la répudier - d'annuler leur engagement de mariage - secrètement “

Alors, comme l'atteste Matthieu :

“Un ange du Seigneur lui apparut dans un rêve et dit : « Joseph, descendant de David, n’aie pas peur de prendre Marie pour femme, car l'enfant qu’elle porte vient du Saint-Esprit. Elle mettra au monde un fils et tu lui donneras le nom de Jésus car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Tout cela arriva afin que s'accomplisse ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète : « La vierge sera enceinte, elle mettra au monde un fils et on l’appellera Emmanuel, ce qui signifie « Dieu avec nous ». A son réveil, Joseph fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné et il prit sa femme chez lui, mais il n'eut pas de relations conjugales avec elle jusqu'à ce qu'elle ait mis au monde un fils [premier-né] auquel il donna le nom de Jésus.” (Matt 1.20-25).

Joseph “fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné.” Un homme juste, effectivement : comme le Fils pour lequel il sera un père adoptif, Joseph “méprisa l'ignominie” (Héb. 12. 2) en se gardant dans l'obéissance totale à la volonté de Dieu. Joseph ne tenait aucun compte du mépris des ignorants, des personnes hostiles, ce qui lui importait était de se tenir dans une soumission totale à la volonté et au plan de Dieu, cette attitude mérite non seulement notre admiration mais doit aussi nous servir d'exemple.

L'incompréhension d' au moins certains de ses chefs religieux et de ses pairs n'importait pas à Joseph d' être un instrument dans la réalisation du plan de Dieu pour le salut des hommes. Et comment Marie pourrait-elle ne pas aimer un homme qui a accepté d'assumer, délibérément et sans hésitation, une profonde désapprobation sociale par amour pour son Seigneur et pour sa promise ?

Le déshonneur d'Elisabeth a été enlevé ; celui de Marie a été placé sur elle. Mais toutes les deux connaissaient la joie d'un trésor beaucoup plus grand : la grâce d'un Dieu aimant, présent, et personnel, que chacune d'elle a reçue sans hésitations. Elisabeth et Marie, Zacharie et Joseph, saisis avec reconnaissance dans l'amour du Père. Et le monde n'a plus jamais été le même.