BÉNIR – Témoins de l’Évangile dans l’accompagnement des personnes et des couples

Le titre paraît anodin mais en parcourant le document de 4 pages rédigé par le Synode national de l’EPUdF (Église Protestante Unie de France), on découvre l’objectif véritable du texte qui est explicité au milieu de la page 3 :

4.2 Les paroisses et Églises locales ont particulièrement réfléchi à la demande formulée par un certain nombre de couples de même sexe, membres de notre Église, qu’une bénédiction soit prononcée sur eux à l’occasion de leur mariage civil.

4.2.2 Il ouvre la possibilité, pour celles et ceux qui y voient une juste façon de témoigner de l’Évangile, de pratiquer une bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe qui veulent placer leur alliance devant Dieu

Ca y est, c’est officiel ! L’Église, pour être précis l’EPUdF, emboîte le pas de la société en approuvant une nouvelle étape de l’affaiblissement du mariage tel qu’il est prescrit par Dieu ! C’est encore un pas vers l’uniformité et la dilution, qui rend l’Église insignifiante car elle adopte le même discours que la société et, par conséquent, n’a plus rien à lui dire. Certes, d’un côté, personne ne devrait être surpris car ce débat se déroule depuis assez longtemps et l’issue ne faisait pas de doute, mais c’est avec une majorité écrasante que le texte est approuvé !

Disons le tout de suite : nous prenons très au sérieux l’enseignement du Seigneur sur « la paille et la poutre » et nous ne montrons pas du doigt, ni ne prenons de haut, les homosexuels. Nous croyons néanmoins que l’Écriture enseigne clairement le mariage hétérosexuel comme seul conforme à la volonté de Dieu.

Il n’empêche que l’Église est confrontée à un défi majeur : quelle attitude adopter face à l’homosexualité et comment accueillir les homosexuels en son sein ?

Un constat

Aujourd’hui, alors que le tabou est levé, nous sommes confrontés à toute la gamme de relations homo-érotiques. Certains éprouvent une attraction voire une préférence pour quelqu’un du même sexe tout en étant chaste tandis que d’autres affirment que leur identité même est étroitement liée à la centralité de la relation homosexuelle. 

Puisque nous croyons que le mariage selon Dieu est une alliance indissoluble entre un homme et une femme et qu’il constitue le seul contexte pour jouir des relations sexuelles, comment réagir tout en étant fidèle au commandement biblique sans manquer de compassion et de grâce ? Est-il nécessaire de rappeler que cette affirmation concernant le mariage met en évidence d’autres dérapages sexuels également condamnés tels que l’adultère, l’inceste, la pédophilie, la prostitution, etc. ?

Le but de ce court article n’est pas de répondre à toutes ces questions mais de rendre attentif aux retombées de la décision du Synode et de certaines failles dans le raisonnement.

Accueil ou bénédiction ?

La différence est substantielle !

Le Nouveau Testament ne stigmatise aucune forme de péché. Par conséquent, l’Église doit être un lieu d’accueil ou chacun, quels que soient son comportement, son passé, son orientation sexuelle, ses idées ou ses convictions, se sente accueilli, écouté et accompagné avec compréhension et compassion dans son cheminement vers le salut, un salut qui inclut aussi bien la conversion que la transformation. Honte aux Églises qui montrent du doigt les homosexuels et les condamnent sans voir les poutres d’autres formes d’idolâtrie qui les rendent aveugles et qui discréditent leur témoignage. L’homosexualité n’est qu’une forme d’idolâtrie condamnée par l’Écriture. Chacun, y compris l’homosexuel, doit pouvoir trouver sa place dans la vie de la communauté avec d’autres pécheurs  en chemin vers la ressemblance à Christ. 

Un article précédent sur l’accueil d’homosexuels mérite d’être relu et réfléchi en Église ! LIRE: Comment accueillir un couple gay à l’Église ?

Soyons clairs, entre accueil et bénédiction il existe un gouffre infranchissable.

Le texte du Synode déclare :

1.3  « Bénissez, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction » (1Pierre 3:9) : cette exhortation de l’épître de Pierre nous rappelle que bénir est source de bénédiction pour celui qui reçoit comme pour celui qui donne !

2.4  Car la bénédiction atteste la présence de Dieu auprès de nous dans nos échecs comme dans nos succès, dans nos marches assurées comme dans nos errances

4.2.1 La bénédiction témoigne alors du « oui » de Dieu à l’amour entre deux personnes qui devient alliance et projet, chemin et promesse.

Même si les textes bibliques, aussi bien de l’Ancien que du Nouveau Testaments, sont peu nombreux, tous condamnent sans détour la pratique homosexuelle.

Devant la clarté de l’Écriture les déclarations du Synode posent problème.

  • Comment est-il possible d’affirmer que la bénédiction d’un couple homosexuel témoigne du « oui » de Dieu ?
  • Comment est-il possible d’attester la présence de Dieu auprès d’un couple homosexuel sinon en amoindrissant la notion du péché qui devient un échec ou une errance ?

Le théologien allemand Dietrich Bonhoeffer a écrit de manière très pertinente (caractères gras ajoutés) :

« La grâce bon marché est une grâce qui justifie le péché sans justifier le pécheur repentant qui se sépare de son péché… »1

La Parole défigurée

C’est l’autorité de la Bible qui est menacée par de telles pratiques. Comment comprendre cet article du texte du Synode :

1.4  Sans figer les Écritures dans la lettre d’une loi immuable, elle entend être fidèle à l’Évangile de Jésus-Christ et à son exigence, fondement de sa foi et de son espérance.

Lorsque le commandement est clair en ce qui concerne le mariage, le contexte pour les relations sexuelles ou la condamnation de tout dérapage sexuel, qui peut autoriser à tout relativiser au nom de la culture, de l’évolution de la société, voire même d’un concept sentimentaliste d’un Dieu d’amour ? Est-il possible de s’écarter autant du texte ? La plupart de ceux qui tentent de réviser le sens des textes ont un point de départ commun : l’expérience. Leur propre orientation sexuelle, celle d’un membre de leur famille ou d’un ami  homosexuel, le fait d’accompagner un homosexuel avec compassion les oblige à tordre le texte ou… à l’ignorer !  

Et puis, de quel Évangile s’agit-il ? Cela ressemble à un évangile sacrifié sur l’autel du populisme, qui passe sous silence la juste colère de Dieu devant le péché (aussi bien le péché des hétérosexuels que des homosexuels), et la substitution pénale qui a rendu Dieu propice à notre égard, bref, on éclabousse le sens de la croix et de l’œuvre de Christ.

Dès le moment où on s’éloigne des paramètres bibliques pour le mariage pour admettre d’autres formes, la logique veut que d’autres permutations d’amour sincère, permanent et sexuel puissent aussi revendiquer « le droit » au mariage :  à 3 ou plus, parent et enfant… 

Et puis… 

Pour combien de temps les Églises évangéliques vont-elles résister et tenir ferme devant les pressions de la société et… de l’Église ?


1- The Cost of Discipleship, 1969, Macmillan : New York, p. 47