Dans le fameux discours d’Emmanuel Faber¹ donné à la remise de diplômes d’HEC en juin 2016, voici les trois ennemis dont il met en garde le monde des affaires : l’argent, le pouvoir et la gloire. L’analyse est pertinente, précisons que c’est l’amour de ces choses-là qui est la racine de tant de problèmes. « Ne devenez pas esclaves de l’argent », nous dit-il. Soyons libres, oui. Libres de ces trois faux-amis qui nous privent de la vraie liberté. Ce sont de bons serviteurs, mais de mauvais maîtres.

Chacun a sa propre définition du succès, de la réussite. Pour le conférencier Hal Urbain, « le succès est l’accomplissement progressif d’objectifs qui en valent la peine ». En partant sur cette base, nos objectifs se chiffrent-ils en termes de gloire, d’argent et de pouvoir ? Si oui, en valent-ils réellement la peine ? Si notre propre définition de la réussite dépend de ces trois hyènes, il semblerait que l’amour de l’argent, du pouvoir ou de la gloire sont imprégnées en nous comme le « toujours plus » l’est dans le cœur du loup de Wall Street²

Le piège de l
argent

Au Cambodge, on vous demandera votre salaire entre le « comment t’appelles-tu ?» et le « où habites-tu ? ». En France, ce n’est pas parce que le sujet est tabou que l’enjeu est plus faible. Alors qu’il est le critère de réussite numéro un pour les jeunes, on ne dira jamais assez que Jésus en a beaucoup parlé ; notamment à ce jeune homme riche de Marc 10. Il était presque parfait et son problème n’était pas d’être riche. Son souci, c’était d’avoir un autre Dieu que Jésus. Cette tentation est grande pour les hommes d’affaires. Si on diversifie ses placements pour limiter les risques, nous ne pouvons pas fonctionner ainsi dans notre vie spirituelle. Nous avons un Dieu jaloux qui ne supporte pas l’idolâtrie.

« Viens, et suis-moi. Mais sans ton argent », disait Jésus au jeune homme riche. Soyons prêts à laisser derrière nous notre fiche de paie, et de manière générale tout ce qui vient endommager notre relation avec Jésus, qui doit rester exclusive.

Il nous faut faire les bons choix au début de notre carrière, sous peine de tomber dans le piège. « Ah, qu’il sera difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu », soupire Jésus.³

Alors, pourquoi gagnons-nous cet argent ? À quoi, à qui est-il destiné ? Comment est-il géré ? Combien nous faut-il de plus pour être satisfait ?

L’abus du pouvoir

On ne parle pas beaucoup de son salaire en France, mais on aime bien, autour d’un café, comparer le nombre de collaborateurs sous notre responsabilité. Sans parler de ce soupçon de jalousie devant l’obéissance religieuse de l’armée d’ingénieurs, de financiers et autres analystes face aux ordres du CEO…

Si nous jalousons le pouvoir, nous n’en sommes pas dignes. D’ailleurs, pouvons-nous vraiment le mériter ? Nous n’avons aucun pouvoir s’il n’a pas été donné d’en haut (Jean 19.11). Dieu nous le confie comme un talent, pour que nous en fassions bon usage. S’il nous le prête, c’est qu’il lui appartient. Tout pouvoir appartient à Jésus, mais il ne l’a jamais utilisé pour un gain personnel ou pour éviter une difficulté momentanée. Il s’est humilié jusqu’à la mort, parce qu’il avait un but plus grand, une perspective éternelle.

Et méfions-nous des éloges mondains qui nous encourageraient à prendre le pouvoir. La foule qui scandait le nom de Jésus pour le couronner est la même que celle qui criait quelques jours plus tard « Crucifie-le ».

Un poste à responsabilités apportera de nombreuses occasions – tentations ? – d’abuser du pouvoir. Relire une bonne définition d’abus de pouvoir nous ferait du bien à tous.

Bref, ne le souhaitons pas trop tôt et examinons notre désir de devenir maître du monde. Et n’oublions pas qu’un grand pouvoir entraîne de grandes responsabilités.

La rançon de la gloire

En Jean 12.43, Jésus reproche aux pharisiens d’ « aimer la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu ». Ce ne sont pas les seuls à tomber dans ce piège. Nous cherchons bien trop souvent la faveur des hommes, ou celle de notre N+1. Si nos décisions sont prises sur comment notre popularité ou notre réputation sera-t-elle affectée, alors la gloire devient notre maître.

La gloire nous susurre que nous sommes remarquables et importants (et plus que notre prochain). Mais ne soyons pas crédules. Et ne nous faisons pas plus grand que nous ne le sommes. La rançon de la gloire peut s’avérer terrible. Nous sommes esclaves de Christ ; c’est lui le Dieu à qui appartiennent toutes choses sur cette terre. Et c’est à lui seul que la gloire revient. Et c’est mieux comme ça.

Comme le dit le bloggeur Chris Patton, il y a des éléments qui peuvent nous détruire si nous y attachons trop d’importance. La gloire, le pouvoir et l’argent en font partie. Ils ne sont même pas là pour nous servir. Ils sont là pour la cause que nous servons. Cause honnête et juste puisque notre identité se trouve en Christ, et que notre succès est assuré. Au ciel. Là où notre chef nous dira « C’est bien, bon et fidèle serviteur. Tu as été fidèle en peu de choses, je te confierai beaucoup. Entre dans la joie de ton maître ».


¹ PDG de Danone

² Film de Martin Scorsese sorti en 2013, avec Leonardo DiCaprio dans le rôle principal

³ Marc 10.23

On parle d’abus de pouvoir quand une personne fait un mauvais usage (excessif, injuste ou pernicieux) de son autorité. « L’abuseur » exerce alors une contrainte morale sur un de ses subordonnés, pour l’obliger à accomplir un acte servant ses intérêts personnels. « L’abus de pouvoir peut [aussi] se traduire par des actes d’intimidation, de harcèlement, de menace, de chantage… ». D’après le site Toupie.org

C’est d’ailleurs le seul point commun entre la parabole des talents (Matthieu 25.14-30) et Spiderman !

Dans son article Will you commit to surrender these 5 destructive possessions ?, qui m’a d’ailleurs inspiré pour écrire ce texte.

 

NDE : cet article a d’abord été publié sur Cercle d’Affaires pour Christ.